Inauguration de la rue du Commandant Hélie Denoix de Saint Marc,
A Béziers, le 14 mars 2015.

Par Blandine de Bellecombe,


A vous tous qui êtes ici je voudrais dire MERCI !
Merci d’être là, de vous être déplacés, pour certains, au prix d’un long voyage fatigant.
Merci d’être venu honorer la mémoire d’un grand soldat et par là-même, défendre l’honneur d’un combattant.
Merci Monsieur le maire de nous accueillir courageusement autour de cette cérémonie à travers laquelle vous honorez LA mémoire.

Mémoire d’un homme. Mémoire d’un combat. Mémoire d’un pays..

Mémoire d'un homme qui a fait de sa vie un long combat pour vivre debout en conciliant honneur, fidélité et respect de la parole donnée.

Mémoire d'un jeune garçon humilié, qui a vu déferler l'ennemi à travers les rues de Bordeaux, assistant impuissant à la débâcle de mai 1940.

Mémoire d’un jeune homme qui entre à 19 ans dans la résistance, bravache et courageux, se jouant des écueils, se lançant à corps perdu dans cet étrange jeu insolite et secret, et pourtant si dangereux.
Mais le drame guette… déjà la trahison fracasse sa vie.
Alors qu’il essaie de rejoindre l’Espagne pour se battre au grand jour, son convoi est dénoncé. Il a 21 ans.

Mémoire d’un déporté plongé dans l’enfer concentrationnaire, ce lieu de révélation de l’homme nu, de l’absolue vérité de lettres. Une mutilation pour la vie.


Mémoire d’un soldat, d’une vie donnée pour la France. Dans la légion, il connaît cette fraternité de ceux qui sont dépouillés, anonymes, mais qui partagent les mêmes passions extrêmes, un idéal à leur mesure, et cette audace en face de la mort.

Mémoire d'un engagement, de longues années en Indochine, où il a à nouveau rendez-vous avec la trahison, qu’on lui fait porter cette fois ci.
Je cite : «  Dans notre lutte contre le Viêt-min nous avions offert notre protection aux villages environnants. Ils l’avaient acceptée.. Ils avaient servi de relais et après notre départ la mort les attendait. Les ordres étaient formels. Nous ne pouvions organiser leur départ. Nous les avons abandonnés en deux heures. Faut-il raconter les hameaux rasés, incendiés, les massacres, les assassinats ? Ils ont été assassinés à cause de nous. Sachez-le, c’était un crime. »
Un abandon qui le hantera toute sa vie, peuplant ses nuits de cauchemars. Son rêve d’harmonie entre l’Orient et l’Occident se fêle profondément.

Qui n’a pas compris l’impact de cette « blessure jaune «  ne peut comprendre son choix au moment du putsch d’Alger.

Mémoire d'un pays qui se déchire en Algérie. On présentait cette guerre comme le soulèvement de tout un peuple contre une domination étrangère et un colonialisme oppresseur.
La vérité lui est apparue autrement. L’armée n’était pas en Algérie pour défendre le grand Colonat mais pour promouvoir un nouvel ordre de progrès et de justice.
L’armée française souhaitait une évolution avec la France et non contre la France. C’est devenu un combat où la population civile devint le champ de bataille, et où l’armée a été chargée du maintien de l’ordre civil.
Malgré tout, la guerre est gagnée sur le terrain. Mais le gouvernement en a décidé autrement. De nouveau la perspective d'une trahison sur ordre se dessine.
De Gaulle a eu un double langage en entamant des pourparlers avec le FLN alors qu’il continuait a soutenir apparemment l’armée.
Le même scénario se renouvelle. Il va falloir que l’armée se replie et abandonne au massacre ceux qui lui avaient fait confiance.
«  Monsieur le président, on peut tout demander a un soldat, même de mourir c’est son métier. Mais pas… de se parjurer »
«  Entre le crime de l’illégalité et le crime de l’inhumanité, j’ai choisi le crime de l’illégalité »
En quelques heures, cet officier légaliste est devenu un officier rebelle passible d’une balle dans la peau dans les fossés de Vincennes. Pour l’honneur ! Qu’il a préféré aux honneurs !
Puis de mauvais accords ont été conclus, transformant une victoire en défaite honteuse. attisant les haines et vengeances, signant ainsi l’arrêt de mort de centaines de milliers de harkis, fidèles entre les fidèles et provoquant l’exil contraint du peuple pied-noir.

Mémoire d'un pays, d'une époque étrange où les mêmes causes peuvent vous embastiller pendant six ans et vous élever ensuite à la plus haute dignité de la république..

Mémoire d'un pays qui nous concerne tous, car, je cite : « Le passé éclaire le présent qui tient en lui-même l'essentiel de l’avenir. Dans la suite des temps et la succession des hommes, il n'y a pas d'acte isolé. Tout se tient. Il faut croire à la force du passé, au poids des morts, au sang versé et à la mémoire des hommes.

Que serait un homme sans mémoire ? Il marcherait dans la nuit, Que serait un peuple sans mémoire ? il n'aurait pas d'avenir. Et les hommes de l’avenir, ceux qui forgeront l’avenir seront ceux qui auront la plus vaste mémoire. »


Certains vont désormais habiter rue du commandant Hélie Denoix de Saint Marc. Mon père lui, a rejoint sa dernière demeure. Il est rentré chez Dieu comme on rentre chez soi, sans bruit, dans le silence. 
Insensiblement, il a glissé d’un monde à l’autre.
Et la mort l’a surpris dans le maquis de Provence, perdu dans le vieil argent des oliviers, absorbé par le chant du monde.

Qu’il repose en paix , lui qui n a jamais connu la paix.