Par le docteur Jean-Claude PEREZ
adhérent du Cercle Algérianiste de Nice et des Alpes Maritimes
auteur des livres :
" Le sang d'Algérie "
" Debout dans ma Mémoire "
" Vérités tentaculaires sur l'OAS et la guerre d'Algérie
"
" L'Islamisme dans la guerre d'Algérie "
" Attaques et contre-attaques " (Edition 2011 remaniée
par l'auteur)
aux éditions Dualpha
Primatice Diffusion - distribution - 10 Rue Primatice 75013 Paris
Tel. : 01.42.17.00.48 - Fax : 01.42.17.01.21
Intervention " enrichie "
de Jean-Claude PEREZ
lors de la table ronde du 23 avril 2011
HOTEL WESTMINSTER
SOUS L'ÉGIDE DE MME MICHÈLE SOLER
PRÉSIDENTE DU CERCLE ALGÉRIANISTE DE NICE ET DES ALPES-MARITIMES
INTRODUCTION
Notre volonté de célébrer par une " cérémonie
du souvenir " le putsch du 22 avril 1961 était tout à
fait légitime. Elle l'est aujourd'hui encore.
Ce putsch fut une tentative mise en uvre par des officiers patriotes,
intègres et désintéressés qui ne poursuivaient
qu'un seul but :
- sauver un morceau de France,
- sauver l'Algérie française
- sauver la France Sud-Méditerranéenne de la mort.
Au-delà du souvenir, au-delà de la PIÉTÉ que
nous inspire encore cet événement, au-delà de l'estime
que nous vouons aux auteurs de ce putsch, notre célébration
se justifie par une volonté constante :
CELLE D'ENRICHIR VOTRE INFORMATION
Ou plutôt d'enrichir l'information de ceux qui, aujourd'hui
encore, jettent
un regard malsain,
un regard haineux,
parfois même un regard lubrique sur ce drame que fut :
LA MORT, OU PLUTÔT L'ASSASSINAT
DE LA FRANCE SUD-MEDITERRANÉENNE
On m'a demandé, dans le cadre de cette table ronde, de m'exprimer
sur les RAISONS de l'échec du putsch.
J'ai l'impression qu'on ne s'est pas rendu compte de l'IMMENSITÉ
du sujet qu'on me demandait de traiter.
Je vais tenter de le faire cependant.
Nous retenons :
4 EXPLICATIONS A L'ÉCHEC DE CE PUTSCH.
Première explication
UNE MÉCONNAISSANCE TOTALE DE L'IDENTITÉ RÉELLE
DE LA GUERRE D'ALGÉRIE de la part des putschistes.
Deuxième explication
Un manque de lucidité, dans l'exploitation militaire des premiers
succès du putsch.
Troisième explication
Une profonde DÉCONSIDÉRATION, consciente ou inconsciente
des putschistes, dans leur majorité, à l'égard du
peuple pied-noir. " Le peuple oublié ".
Quatrième explication
Le comportement trop courtois, " TROP CIVILISÉ "
pour ne pas dire NAÏF des officiers putschistes. Ceux-ci n'ont pas
voulu enregistrer qu'ils se dressaient en réalité contre
l'ennemi de l'Occident : Charles De Gaulle.
PREMIÈRE EXPLICATION
MÉCONNAISSANCE DE L'IDENTITÉ RÉELLE
DE LA GUERRE QU'ILS MENAIENT DEPUIS 1954
EN THÉORIE, ceux qui ont déclenché ce putsch étaient
convaincus d'être des spécialistes de la guerre révolutionnaire.
Les colonels Broizat, Lacheroy et d'autres, nous ont enrichis culturellement
par de brillantes conférences.
Pour ces officiers, la guerre révolutionnaire, c'était leur
domaine. C'était leur affaire. Personne n'aurait osé leur
proposer CONSEILS ET INFORMATIONS. C'eût été indécent
!
ILS SAVAIENT TOUT !
Or, il apparaît d'une évidence éclatante aujourd'hui
qu'ils ignoraient TOUT DE L'IDENTITÉ RÉELLE DE LA GUERRE
D'ALGÉRIE.
Première méconnaissance de la part des putschistes
Ils ont ignoré qu'en Algérie, ils conduisaient une guerre
qui était déclenchée contre la France. Une guerre
nationale.
C'EST OFFICIEL DEPUIS LA LOI DU 18 OCTOBRE 1999.
Loi votée, tardivement certes, par une assemblée nationale
socialiste. Jospin était premier ministre. En vertu de cette loi,
LA NATION FRANÇAISE ÉTAIT DONC EN GUERRE
CONTRE QUI ?
La réponse est dépourvue d'ambiguïté :
- contre un ennemi de la France,
- contre un agresseur de la France, LE FLN.
Ceux des Français qui, en conséquence, ont regardé
ce conflit sans voler au secours de la France, sont des déserteurs
dans la meilleure hypothèse pour eux. Quant à ceux qui se
sont rangés dans le camp du FLN, comme les gaullistes au premier
chef, ce sont des traîtres à la patrie française.
Cette méconnaissance n° 1 est donc celle-ci :
ils n'ont pas identifié la guerre d'Algérie à une
guerre nationale faite contre la France. Par un ennemi de la France.
Deuxième méconnaissance de la part des putschistes
S'agissait-il d'une guerre qui opposait :
Le riche au pauvre
L'oppresseur à l'opprimé ?
S'agissait-il d'une guerre d'inspiration socialiste, marxiste- léniniste
ou maoïste ?
Il est trop facile aujourd'hui de répondre par la NÉGATIVE.
Car il est d'une évidence irréfutable que cette guerre n'était
pas d'inspiration socialiste, soviétique, communiste ou maoïste.
Troisième méconnaissance de la part des putschistes
Elle était donc " QUOI " cette guerre ?
Cette guerre déclenchée contre la France le 1er novembre
1954, connaît 2 IDENTITÉS :
1. UNE IDENTITÉ STRATÉGIQUE : c'est-à-dire une
identité conceptuelle ;
2. UNE IDENTITÉ TACTIQUE : c'est-à-dire une identité
opérationnelle.
A/ L'IDENTITÉ STRATÉGIQUE, CONCEPTUELLE, DE LA GUERRE D'ALGÉRIE
Elle s'inscrit dans la thèse fondamentale du capitalisme financier
moderne, qui a prévu, planifié et mis en uvre ce que
les capitalistes modernes ont appelé :
le DÉLESTAGE ÉCONOMIQUE DU DÉBOUCHÉ COLONIAL.
Définition du capitalisme financier :
" Un processus de concentration au niveau des grandes banques de
tous les moyens qui permettent de contrôler la production ".
(d'après Jacques Marseille)
Le capitalisme financier a voulu démontrer scientifiquement
que l'augmentation de la valeur ajoutée des investissements exigeait
avant tout : que l'on se débarrassât des peuples
" en tant qu'ils représentaient une charge "
Pour augmenter la valeur ajoutée produite par les investissements,
on va offrir l'indépendance à ces peuples en ne poursuivant
qu'un seul but :
qu'ils ne soient plus à la charge de ceux, pour qui la valeur ajoutée
des investissements constitue le critère exclusif à partir
duquel ils déterminent leurs orientations politiques.
Les ressources énergétiques, minières, agricoles
d'une terre, OUI !
Les sociétés locales, c'est-à-dire les hommes et
les femmes de ces pays à promouvoir et à développer,
NON !
Les peuples, ou plutôt " les populations " n'auront qu'à
trouver seuls le moyen d'évoluer, au sein de leur indépendance.
La motivation stratégique fondamentale
du délestage économique du débouché algérien,
ce fut donc LA VALEUR AJOUTÉE DES INVESTISSEMENTS. L'ARGENT QUE
FABRIQUE L'ARGENT.
B/ L'IDENTITÉ TACTIQUE
DE LA GUERRE D'ALGÉRIE
IL N'EN EXISTE QU'UNE
Elle fut élaborée en Algérie A TITRE PRÉVISIONNEL,
le 5 et le 7 mai 1931.
Il s'agit de l'arabo-islamisme fondamentaliste à qui la IIIè
République va offrir les moyens de s'exprimer
OFFICIELLEMENT
à travers L'ASSOCIATION DES OULÉMAS (5 et 7 mai 1931).
? Ben Baddis, son premier président, déclare :
- ma religion c'est l'islam,
- ma langue c'est l'arabe,
- ma patrie, c'est l'Algérie.
Attention à ce triptyque ! C'est le deuxième temps "
ma langue c'est l'arabe " qui est le plus important et le plus significatif.
Ben Baddis est un Berbère, d'une famille très connue dans
le Constantinois. C'est un fin lettré qui a complété
sa formation dans les lieux saints de l'islam.
Quant il affirme, en tant que Berbère, " ma langue c'est l'arabe
", il résume et illustre en même temps toute l'histoire
de
la fausse conquête de l'Algérie par des envahisseurs arabes.
Envahisseurs qui n'ont jamais existé.
Je précise :
il illustre la fausse soumission, par la force, des Berbères d'Algérie
à une prestigieuse cavalerie arabe qui déferlait d'est en
ouest, au cri de " Allah Akbar ! ", " Dieu est le plus
grand ".
CETTE INVASION, C'EST UNE LÉGENDE !
Il est temps de dire et de redire que le mythe de cette invasion a
la vie dure
car aujourd'hui encore ce mythe est nécessaire
à la promotion historique de l'arabo-islamisme fondamentaliste.
Nécessaire aussi à ceux qui sont disposés à
capituler devant la nouvelle imprégnation arabo-islamiste.
En réalité c'est par le moyen de la langue arabe littérale
que s'est effectuée la pseudo-conquête de l'Algérie.
Comme d'ailleurs, la pseudo-conquête de l'Ibérie, c'est-à-dire
de l'Espagne, qui n'a jamais connu d'invasion arabe.
La langue arabe littérale était pratiquée par
une minorité très restreinte en Arabie et au Proche-Orient.
En particulier sur les terres où fut transmis tout d'abord le message
du Prophète de la Mecque et de Médine. Le Prophète
lui-même ne connaissait pas cette langue et s'exprimait par l'intermédiaire
du dialecte que l'on pratiquait sur les territoires où il évoluait
à cette époque-là. C'est le troisième calife
qui a remanié le Coran et qui a imposé que la langue arabe
devînt la langue d'expression exclusive, universelle et perpétuelle
du Qoran.
La langue arabe est devenue ainsi le moyen stratégique de propagation
et d'enseignement universel du Qoran.
Elle a offert aux ennemis les plus déterminés de l'Eglise
apostolique et romaine, encore naissante, moyenâgeuse, attaquée
de toutes parts par des déviationnismes multiples, le moyen de
s'unir. De faire " bloc " contre le christianisme.
Avant tout, par le moyen de la Schahada, c'est-à-dire la prière
fondamentale de l'islam.
" Il n'y a de dieu que Dieu
et Mohamed est l'envoyé de Dieu "
La Schahada est devenue le ciment qui va consolider l'union des ennemis
de Rome. Elle va exprimer avec une force et un impact redoutables, la
thèse ennemie du dogme chrétien de la Sainte Trinité.
Elle va devenir l'expression dogmatique de la thèse unitaire de
la foi en Dieu à laquelle vont se rallier, en tout premier lieu,
ceux parmi les Berbères qui sont les ennemis par excellence du
christianisme romain : nous désignons ainsi ceux des Berbères
de Numidie et d'Ibérie ralliés à l'arianisme, la
thèse unitaire majeure, qui refuse au Christ sa nature divine.
L'Islam naissant et migrant va " apporter " ou plutôt
va " exprimer " en quelque sorte, une confirmation divine à
la conviction des ariens qui deviendront tout naturellement musulmans.
L'arianisme de Numidie ou de Berbérie, fut véhiculé
militairement par des migrants " goths ". Parmi ceux-ci, les
Vandales tout particulièrement. L'histoire de Fulgence, un saint
du catholicisme romain, conforte cette affirmation.
Il est né vers 451 en Tunisie, et fut disciple de Saint-Augustin.
Il subit les invasions vandales de Hunéric puis de Thrasamund.
C'était des ariens fanatiques qui persécutaient l'église
naissante. Ils persécutaient d'ailleurs tous les non-ariens, c'est-à-dire
que le plus souvent ils les éliminaient purement et simplement.
Dans la meilleure éventualité, ils déportaient tous
les clercs et laïcs et confisquaient leurs biens.
Ils obligèrent les Berbères de Numidie à la conversion
à l'arianisme par " l'Edit de représailles du 25 février
484 ".
Fulgence fut évêque en 507 dans l'est de la Berbérie.
Il s'employa à sauver les restes de Saint-Augustin que les persécuteurs
ariens voulaient disperser aux quatre vents.
Il réussit à transporter momentanément en Sardaigne
la dépouille de Saint-Augustin où elle fut mise à
l'abri.
En Espagne, un peu plus tard, le 8 mai 589, se tient le concile de
Tolède.
Le roi Récarède, arien, se convertit solennellement au catholicisme,
sous l'influence de sa belle-sur, la veuve Ingonde. Celle-ci était
l'épouse de son frère Herménegilde, prince héritier
du royaume ibérique. Elle réussit à convertir son
époux au catholicisme. Le roi Léovigild n'accepte pas la
conversion de son fils au catholicisme et le fait tuer.
La veuve Ingonde, sa " bru ", ne désarme pas. Arrière
petite-fille de Clovis, elle obtiendra la conversion de son beau-frère
le roi Récarède, qui, lors du concile de Tolède le
8 mai 589 déclare :
" Il n'y aura aucune partie du monde, ni aucun peuple barbare où
ne parvienne la lumière du Christ
"
Mais, précise Jean Descola dans son livre " Les Grandes Heures
de l'Espagne ", la doctrine d'Arius, l'arianisme, va néanmoins
s'exprimer encore. Elle va évoluer en Espagne vers le Syncrétisme
musulman.
J'ignore si Jean Descola s'est rendu compte de l'importance fondamentale
de cette affirmation. A savoir que l'arianisme va évoluer vers
un Syncrétisme musulman. Car en 589, l'islam n'est pas encore propagé.
C'est pourtant dans ce propos de Jean Descola qu'est illustrée
l'explication de la diffusion rapide, pour ne pas dire explosive, du message
de Muhamad.
Car, historiquement, tout s'est passé " comme si l'arianisme
n'attendait que ça ".
Il nous faut ajouter, ce que l'on s'entête à refuser de dire
aujourd'hui encore :
" là où l'islam apparaît, l'arianisme disparaît
".
Par son ralliement au message du Prophète, cette thèse unitaire
et arienne de la foi en Dieu, va s'exprimer dorénavant d'une manière
monolytique et uniforme, par son adhésion à la Schahada,
la prière fondamentale des musulmans, formulée partout,
en langue arabe littérale.
La langue arabe est devenue ainsi le vecteur opérationnel de l'arabisme.
Comme l'écrit le professeur J. Berque, que je cite en substance
:
" La langue arabe a mis l'islam en site de véracité
".
Lorsque Ben Baddis déclare en 1931 :
" Ma langue c'est l'arabe " lui, qui est un Berbère,
rappelle ceci : ce sont bien les Berbères qui, par leur adhésion
à la Schahada exprimée en langue arabe littérale,
ont conquis leurs propres territoires d'Afrique du Nord pour le compte
de la religion musulmane. Les territoires du " Couchant ", le
Maghreb, ainsi que les territoires berbères d'Ibérie, à
travers les colonnes d'Hercule , comme l'écrit Jean Descola. Ils
ont conquis ces territoires sur le christianisme romain du moyen-âge
et ils s'attacheront, eux-aussi, à combattre deux ennemis :
- le christianisme romain,
- et le judaïsme.
" Ma langue c'est l'arabe ", dans le triptyque de Ben Baddis,
confère ainsi une redoutable dynamique révolutionnaire au
propos qui précède dans sa déclaration :
" ma religion c'est l'islam ",
et surtout, au propos qui suit dans ce même triptyque :
" ma patrie c'est l'Algérie ".
Il révèle publiquement et solennellement au mois de
mai 1931 l'identité véritable et définitive du combat
qu'il veut déclencher contre la France. Il veut lui conférer
une redoutable vigueur, grâce à la langue arabe.
? Ibrahim Bachir, le successeur de Ben Baddis, président en fonction
de l'association des Oulémas en 1954, membre du CRUA, déclare
tout logiquement, à partir du Caire le 1er novembre 1954 :
" Le combat est engagé pour le triomphe de l'arabisme et de
l'islam ".
L'arabisme d'abord, l'islam ensuite.
? Larbi ben M'Hidi, un chef FLN, déclare en 1957, un peu avant
sa mort :
" Vous voulez la France de Dunkerque à Tamanrasset, je vous
prédis, moi, que vous aurez l'Algérie de Tamanrasset à
Dunkerque ".
MAIS
. SEULEMENT
SEULEMENT QUOI ?
AUSSI BIEN LA STRATÉGIE CAPITALISTE DU DÉLESTAGE ÉCONOMIQUE
DU DÉBOUCHÉ ALGÉRIEN,
QUE LA TACTIQUE RACISTE ET RELIGIEUSE DES ARABO-ISLAMISTES,
MISES EN UVRE, L'UNE ET L'AUTRE, PENDANT LA GUERRE D'ALGÉRIE,
DEVAIENT ETRE IMPÉRATIVEMENT CAMOUFLÉES, OU PLUTÔT
OCCULTÉES PENDANT LE DÉROULEMENT DU CONFLIT ALGÉRIEN.
Car il ne s'agissait pas de thèses de combat historiquement
présentables, devant l'opinion publique internationale.
IL A DONC FALLU RECOURIR A UNE IDENTITÉ TACTIQUE DE CAMOUFLAGE.
UNE FAUSSE IDENTITÉ.
C/ L'IDENTITÉ DE " CAMOUFLAGE "
C'est elle qui, en apparence, va occuper le terrain. Parfois même
violemment.
Car il était d'une importance opérationnelle primordiale
pour les révolutionnaires anti-occidentaux du capitalisme financier
d'inscrire cette guerre dans le cadre général
DES GUERRES DITES " DE LIBÉRATION ".
On va utiliser à cet effet le parti communiste algérien,
le parti communiste français, toutes les organisations de gauche,
de France et d'Europe.
Mais, sur le terrain ces partis de gauche furent actionnés
en Algérie par une oligarchie financière qui s'exprima par
l'intermédiaire de ceux qu'on appelait " les libéraux
d'Algérie " :
Blachette et Jacques Chevallier, complices permanents et opérationnels
du FLN dès le 1er novembre 1954,
Chaulet et toute une intelligentsia commerciale d'Alger qui intervinrent
cependant comme des agents conscients du capitalisme financier.
Ils firent usage dans ces entreprises de la villa Pouillon, site opérationnel
privilégié de Jacques Chevallier, pour y déposer
une partie des armes volées par l'aspirant Maillot en 1956. Ces
armes furent véhiculées par leurs soins vers la Grande Kabylie
et permirent, entre autres tueries, le massacre de 18 soldats français,
au mois de mai 1956, à l'est de Palestro.
Cette oligarchie financière d'Algérie réussira
à parachever la mort de l'Algérie française, en imposant
le cessez-le-feu de l'OAS algéroise obtenu en catimini sur décision
de Jacques Chevallier et de ceux qui s'étaient ralliés à
sa personne depuis octobre 1961, par ambition personnelle.
Fin de la première explication
DEUXIÉME EXPLICATION
MANQUE DE LUCIDITÉ,
MANQUE D'INTELLIGENCE
DANS L'EXPLOITATION DES PREMIERS SUCCÈS
DE LA PART DES PUTSCHISTES
Pour vous faire comprendre cette deuxième explication, permettez-moi
de vous rappeler les circonstances dans lesquelles je fus incorporé
au putsch.
Dès ma sortie de prison de la Santé en novembre 1960, je
rappelle que j'avais été incarcéré à
l'occasion du Procès des Barricades, je participai à Paris
à la préparation de cet événement : un putsch
militaire en Algérie. Nous sûmes plus tard que Challe avait
pris la décision d'en prendre la tête et que le colonel Argoud
était le " penseur " de l'opération.
J'étais absolument convaincu d'une chose : le succès de
ce putsch allait dépendre AUSSI ET AVANT TOUT d'une action parisienne
visant à mobiliser, si possible, les énergies favorables
à l'Algérie française, dans une action de soutien
au putsch d'Alger.
J'eus de fréquents entretiens avec les colonels Godard et Broizat,
le chef d'escadron Cazati, le capitaine Sergent, parfois en compagnie
de responsables parisiens très actifs et très efficaces
:
- Philippe Lauzier,
- Pierre Descaves,
- Jacques Dupont,
- Serge Jourdes, qui, lui-même, était en relation constante
avec Pierre Sergent et le colonel Gardes.
Ce qui me paraissait d'une importance essentielle était d'empêcher
que De Gaulle pût s'adresser au pays.
Différentes opérations avaient été envisagées,
dans cette perspective, sur des sites d'émissions de TV, éventuellement
sur la personne du général, de manière à enrichir
la rébellion d'Alger d'une résonnance métropolitaine.
Mais je fus arrêté au début du mois d'avril 1961
et enfermé dans un camp de concentration à Tefeschoun, sur
les Hauts d'Alger.
C'est Roger Piegts, le frère de Claude, fusillé 13 mois
plus tard avec Dovecar, qui vint me chercher à Tefeschoun le matin
du putsch, sur décision de Godard.
Il me conduisit vers le Corps d'Armée d'Alger. Nous sommes passés
par Guyotville, Saint-Eugène et Bab-El-Oued. Ce qui m'a frappé
immédiatement, ce fut l'apathie du peuple algérois qui se
comportait comme si rien n'était en train de se jouer. Aucun enthousiasme
n'était perceptible. Alger était dans le coma.
A la caserne Pélissier, je fus reçu, à l'entrée
même du bâtiment, par un prestigieux adjudant-chef du 1er
REP. Il s'agissait de Patri, héros de toutes les guerres et campagnes.
Il m'accueillit avec sympathie et me conduisit immédiatement dans
le bureau de Godard.
Celui-ci, dans le cadre du putsch, avait été chargé
de commander le corps d'armée d'Alger.
Il m'accueillit avec amitié et je fus surpris, littéralement
ahuri, de son commentaire :
" Je ne pensais pas que ce serait si facile ! "
Il fut étonné, choqué même de ma réaction.
Car c'est avec violence que je lui ai rétorqué :
" et les civils, qu'en fais-tu ? "
Il me répondit en m'opposant un regard vide de toute expression
et par un silence étonnamment résigné. Je poursuivis
avec violence :
" Il faut mobiliser de toute urgence et partout en Algérie,
les compagnies UT. C'était convenu et même planifié
avec Gardes à Paris.
Serge Jourdes et le colonel Gardes ont tout particulièrement préparé
cet aspect du putsch que tu es en train de négliger aujourd'hui.
Il faut, par radio, mobiliser toutes les UT d'Alger, d'Oran, de Constantine,
partout où c'est possible.
A Alger il faut intégrer les UT aux légionnaires, aux parachutistes,
aux hommes du commandant Robin et du colonel de la Chapelle.
A ceux du 1er REP.
Chaque section doit devenir un gros bataillon.
Il faut réaliser un amalgame.
22.000 UT à Alger, c'est énorme ! S'ils sont bien encadrés.
A l'échelon de l'Algérie, cela fait 100.000 hommes !
Il faut utiliser les fanfares de quartier pour faire sortir les musulmans
de la Casbah, de la cité Mahiedine
Ils défileront eux aussi en chantant la Marseillaise. Tu n'auras
pas à les forcer.
Ils vont brandir le drapeau tricolore. En criant " Vive la France
" et " Algérie française " !
C'est l'enthousiasme populaire algérien qui doit être le
support essentiel de ce coup de force.
L'enthousiasme est contagieux. Il suffit d'un rien pour le déclencher
dans toute l'Algérie ".
Et dans ma naïveté, je déclare à Godard :
" Je suis disposé à m'engager à fond dans cette
opération ".
Godard lève alors les bras au ciel en me disant :
" Je ne te le conseille pas. Challe ne veut rien savoir des civils
et Denoix de Saint-Marc non plus, lui surtout ".
J'étais fou de rage.
Je ne vais pas m'attarder sur tout ce qui s'est déroulé
durant ces trois jours, mais je tiens, comme je l'ai fait lors d'une étude
50/42 , à vous exposer en synthèse, le déroulement
qui, d'après moi, aurait dû être celui du putsch.
A ALGER,
il fallait lancer, dès les premières heures, la mobilisation
générale des 22.000 UT avec ordre de se présenter
dans leurs quartiers respectifs.
Attendre qu'une unité combattante d'active vienne les prendre en
charge dans les heures qui suivent.
Réaliser les amalgames nécessaires en quelques heures. AUTORITAIREMENT.
Il fallait mobiliser tous les policiers pieds-noirs d'Algérie et
leur intimer l'ordre de se soumettre exclusivement aux décisions
des putschistes et en particulier de leur ancien et récent patron
à l'échelon de l'Algérie, le colonel Godard.
Argoud, tout récent chef d'Etat-Major du corps d'armée d'Alger,
disposait encore de tous les contacts locaux pour convaincre ceux qui,
en 1959 étaient sous son contrôle.
Il aurait dû jouer, à Alger, auprès de Challe un rôle
de coordinateur. Je n'ose pas dire de contrôleur. Disposer des moyens
de neutraliser Challe, éventuellement, en toute discrétion,
pendant quelques heures si nécessaire.
Godard aurait été chargé de mettre en place un quadrillage
policier efficace dans toute l'Algérie. Et intimer l'ordre à
tous les services de police de lui obéir dorénavant, je
le souligne une fois de plus.
Gardes aurait dû être investi de la mission de coordonner
la mobilisation des UT dans toute l'Algérie. " Vous êtes
aux ordres du général Challe pour sauver l'Algérie
française ", aurait dû être sa déclaration
aux UT.
Broizat et Lacheroy, auraient dû se charger des relations avec toutes
les unités parachutistes d'Algérie. Ils avaient un grand
rôle à jouer dans l'amalgame entre les unités d'active
et les UT.
Il fallait prendre le contrôle du port d'Alger, d'une manière
très efficace. Ainsi que de l'aéroport. Neutraliser les
gendarmeries en les encerclant avec des unités amalgamées.
Les gendarmes auraient fini par se soumettre au putsch ou plutôt
à y adhérer. Surtout si ce putsch s'exprimait avec l'appui
de l'enthousiasme populaire.
A ORAN,
Il fallait opérer avec l'intention de déclencher une mobilisation
en masse de tout le peuple français d'Oranie. C'était en
réalité plus facile en Oranie que dans l'Algérois.
Mais ce n'était pas Argoud qu'il fallait expédier là-bas.
C'était Jouhaud avec les deux régiments des colonels Masselot
et Leconte.
Certes Argoud avait noué préalablement des contacts en Oranie
auprès d'officiers qui avaient donné leur parole d'honneur
de s'engager. Qui se sont révélés bien tièdes,
dans un premier temps, puis renégats et minables dans un deuxième
temps.
Jouhaud, dès la première heure, aurait manifesté
son enthousiasme oranien et appelé à lui toutes les UT d'Oranie
ainsi que toutes les forces patriotiques d'Oranie. Le peuple d'Oranie,
par sa pugnacité naturelle, aurait exercé une influence
salvatrice sur le comportement des officiers d'Oran, de Bel-Abbès
et d'ailleurs.
Jouhaud, un enfant du pays, était aimé sur ces terres. Je
suis certain qu'il aurait été porté par l'enthousiasme
populaire car il n'aurait pas manqué d'exprimer aux Oraniens sa
volonté de voir leur province s'inscrire en pointe parmi les forces
vives de la nation française. Pour sauver l'Algérie française.
Les deux prestigieux régiments, le 14ème et le 18ème
RPIMA qui avaient accompagné Argoud à Oran, auraient été
transformés en deux grosses divisions par le jeu de l'amalgame.
Les " tièdes " qui ont boudé Argoud, n'auraient
pas osé bouder et se dégonfler devant l'enthousiasme populaire
et la pression des cadres subalternes, officiers, sous-officiers et hommes
de troupes.
Il existait un potentiel en Oranie que l'on a trop longtemps négligé.
C'est ce que, personnellement, j'avais manifesté à Saint-Eugène,
à Oran, en 1959, lorsque j'avais déclaré que l'Algérie
française ne pouvait pas se passer du peuple d'Oranie. J'avais
affirmé ma conviction que le peuple d'Oranie par sa combativité
naturelle avait un rôle capital à tenir dans le sauvetage
de l'Algérie française.
Tout ce que je viens d'exposer c'est évidemment de la théorie.
On ne manquera pas de me l'objecter. Il n'en reste pas moins vrai que
ce putsch a été conduit d'une manière inconsciente.
Par des gens, des officiers qui ont souffert d'une carence de clairvoyance
opérationnelle.
DANS LE CONSTANTINOIS,
il était tout à fait logique d'espérer un écho
très positif d'autant plus que le général Gouraud,
commandant le Corps d'Armée de Constantine, a fini par adhérer
au putsch. Il l'a fait tardivement certes. Mais l'enthousiasme d'Alger
et d'Oran aurait déclenché une adhésion de tout le
Constantinois à l'opération de sauvetage. Il existait dans
ce corps d'armée, des unités de tirailleurs algériens,
bien commandés, qui n'auraient pas hésité à
s'intégrer à l'opération.
Sans parler de plus de 100.000 hommes, effectif de harkis et d'auto-défenses
qui, dans toute l'Algérie, auraient adhérer à l'initiative
de sauvetage déclenchée le 22 avril 1961.
Fin de la 2ème explication
TROISIÈME EXPLICATION
LA DÉCONSIDÉRATION DES PUTSCHISTES
DANS LEUR ENSEMBLE
A L'ÉGARD DU PEUPLE PIED-NOIR
Une obsession a dominé le comportement des putschistes : l'obsession
du 24 janvier 1960.
Quelques années plus tard, en effet, Challe a déclaré
à Serges Jourdes en substance :
" Je voulais éviter à tout prix un nouveau 24 janvier
".
C'est un propos poussé jusqu''à l'absurde. Challe savait
très bien qu'il avait tout raté le 24 janvier 1960. Par
manque de lucidité et de courage. Cette semaine des barricades
fut avant toute chose, en effet, une occasion, excellemment privilégiée
de sauver l'Algérie française.
Les futurs officiers putschistes exerçaient, à cette date,
de prestigieux commandements. Ils occupaient des postes clefs dans la
hiérarchie militaire et administrative de l'Algérie française.
Tout était entre les mains de Challe.
Il n'avait qu'un geste à faire. Qu'une décision à
prendre pour renvoyer De Gaulle à Colombey, dans la meilleure hypothèse
pour celui-ci.
Il a même disposé à un moment donné, d'un chef
de gouvernement provisoire et disponible en la personne de Michel Debré,
premier ministre de De Gaulle. Premier ministre qui n'était pas
à un reniement près. Lorsque Debré est venu à
Alger exercer sa propagande auprès des colonels crédules
de la 10ème DP en particulier, ceux-ci n'avaient qu'à le
contrôler pour qu'il lançât un appel au sauvetage de
l'Algérie française. Ils disposaient des moyens de le "
persuader ".
C'était l'occasion offerte par le ciel à Challe pour sauver
cette terre qu'il semblait tant aimer.
Ni pour quelques-uns de mes amis, ni pour moi-même, cette guerre
d'Algérie n'avait été une réelle surprise.
En effet, le fiasco d'Indochine, les gâchis marocains et tunisiens
rendaient historiquement nécessaire une rébellion algérienne.
J'entends l'adjectif " nécessaire " dans son sens philosophique.
C'est-à-dire que le contraire eut été absurde et
impensable.
De surcroît, nous étions conscients d'une chose : les opérations
déclenchées par l'anti-occident, aussi bien en Indochine
qu'au Maghreb, n'auraient de conséquences tactiques, exploitables
par nos ennemis et profitables pour eux à l'échelon planétaire,
qu'après la main mise sur le territoire algérien.
L'Algérie, c'était " un gros morceau " nécessaire,
en effet, à la victoire de nos ennemis. A la victoire de l'anti-Occident.
Pour les plus avertis d'entre nous, j'ose dire que cette rébellion
était secrètement espérée : car elle devait
être l'occasion de donner enfin un coup d'arrêt à la
nouvelle invasion idéologique et religieuse dont étaient
inéluctablement menacées la France, l'Europe et l'Occident,
grâce à une victoire dont nous ne doutions pas.
D'où venait cette foi en une victoire, alors que tous les combats
précédents s'étaient soldés par des défaites
?
Ma réponse va vous surprendre. Notre foi s'appuyait sur la réalité
suivante : l'existence en Algérie d'une masse populaire française.
Qu'il s'agisse de la fraction européenne, légalement et
charnellement francisée (Espagnols, Italiens, Maltais et même
dans une proportion très réduite, Allemands ou Vikings)
ou de la fraction française européanisée. Nous voulons
dire fraction de souche entièrement métropolitaine certes,
mais à qui ce brassage méditerranéen avait conféré
une dimension de pensée plus européenne qu'hexagonale.
Plus encore, au sein de cette masse française, vivait un prolétariat
français. Les partisans de l'indépendance, qu'ils fussent
gaullistes ou socialo-communistes, désigneront plus tard ce prolétariat
par le terme dédaigneux, riche de mépris discriminatoire
de " petits blancs ".
Ce paramètre " masse française " était
un élément nouveau dans la dialectique historique du moment
: c'était un facteur humain qui nous paraissait infiniment plus
important que les facteurs économiques, politiques et militaires.
Dans notre candeur, nous pensions que la solidarité nationale n'était
pas un terme vide de sens. Nous étions convaincus que la liberté
et la survie d'un million de concitoyens au moins allaient devenir une
préoccupation dominante et angoissante pour la majorité
du peuple français. Celle qui vivait sur le sol de la mère
patrie, à laquelle nous rêvions, nous les Pieds-Noirs d'Algérie,
avec amour et tendresse. Nous ignorions tout de cette prévention
que pouvaient nourrir les métropolitains dans une large proportion
à l'égard de leurs concitoyens d'outre-mer. Prévention
alimentée par un sentiment sous-jacent qui ressemblait en réalité
à de la jalousie. Ou plutôt à un complexe d'infériorité
ressenti contre ceux qui affirmaient leur ambition de représenter
la mère patrie au-delà des mers. De vouloir la défendre
au loin, au-delà de la Méditerranée. Prévention
alimentée plus tard de la bonne morale décolonisatrice :
" Vous n'aviez rien à faire là-bas. Vous êtes
allés voler les terres de ces pauvres gens ".
Nous étions ainsi décrits dans leur langage, comme des voleurs,
des exploiteurs, des négriers.
" Qu'ils partent ou qu'ils crèvent, ces Pieds-Noirs, mais
qu'on n'en parle plus ! "
Dans notre candeur, nous, les " lointains " ignorants de cet
état d'esprit, pensions jouir d'un élan de solidarité
de leur part, identique à celui qui avait animé nos anciens
à l'égard de la mère patrie, en d'autres circonstances
tragiques.
Dans ces nouvelles circonstances de la guerre d'Algérie, officialisée
comme telle par la loi du 18 octobre 1999 ne l'oublions jamais, comment
ignorer cette masse de Français, ce peuple français, pris
de plein fouet par le conflit ! Peuple français qui allait conférer
à la guerre d'Algérie, sa signification réelle et
sa dimension véritable : celle d'un conflit de civilisation, d'un
conflit supranational que l'histoire imposait à la France de résoudre
par une victoire. Pour éviter de subir les effets d'une défaite.
Devant l'arabo-islamisme fondamentaliste.
Il n'existait aucune solution intermédiaire. La France devait gagner
cette guerre pour sa propre défense, pour la défense et
la survie de l'Europe, pour la défense du " cur du monde
" .
Ce n'est pas en 1961, je le souligne pour la millième fois, mais
en 1955 qu'aurait dû naître l'OAS. C'est en 1955 que la masse
des Européens d'Algérie aurait dû comprendre que le
destin de la France en Algérie reposait avant tout sur sa volonté
de prendre part au combat. Ils représentaient une force à
la seule condition de s'unir. Mais j'ignorais à cette époque,
comme je le constate à chaque instant aujourd'hui, qu'unir des
Pieds-Noirs, c'est de l'utopie ! De nos jours encore, la collectivité
des Français d'Algérie est gangrénée par un
esprit de division pourrisseur et assassin. Un esprit qui nous a tués
en Algérie. Qui risque de nous ridiculiser aujourd'hui, dans l'expression
de notre " mémoire ".
Il fallait dévaloriser les Pieds-Noirs aux yeux de nos compatriotes
métropolitains. Au lieu de solliciter leur enthousiasme, de stimuler
leur envie de paraître d'abord et d'en découdre ensuite,
on les a laissés croupir intentionnellement dans de piètres
consignes de garnison.
Une décision désastreuse, logique, attendue, allait tomber
comme un fruit mûr :
démobilisation officielle des disponibles d'Algérie, mobilisation
des disponibles de métropole pour les remplacer.
On ne manqua pas de présenter cette nouvelle initiative comme une
mesure absolument nécessaire au sauvetage de l'Algérie française.
Le gouvernement de la IVe République, le justifia de la manière
suivante :
- d'une part, la vie économique de l'Algérie ne serait pas
paralysée puisque la majorité des Pieds-Noirs allait continuer
de travailler ;
- d'autre part, la mobilisation des disponibles métropolitains
démontrait aux Français d'Algérie que le peuple de
France s'engageait dans le combat,
- le combat pour conserver l'Algérie à la France. Pour protéger
en même temps " la fraction vivante de la nation française
" c'est-à-dire le peuple français d'Algérie,
contre le massacre qui le menaçait.
Grâce à ces deux motivations alléguées par
le pouvoir, les Français d'Algérie ont vécu cette
décision anormale et sournoise, avec une désinvolture difficile
à comprendre aujourd'hui encore.
Ils ont accepté que seuls les disponibles métropolitains
aillent au combat pendant qu'eux-mêmes se rendaient tout normalement
chaque jour à leur travail, à la plage et aux différents
spectacles. Parfois même en vacances ou en cures thermales, sur
le territoire métropolitain.
Le gouvernement de la IVe République avait élaboré
et structuré, en cette occasion, une action psychologique très
efficace qui eut l'effet néfaste, secrètement recherché
: creuser entre les deux collectivités françaises de métropole
et d'Algérie, un fossé que rien n'a jamais pu combler par
la suite.
D'une manière officielle ce plan confinait les hommes valides d'Algérie
dans le rôle subalterne de ceux qui travaillaient et de ceux qui
priaient. Laissant à d'autres, la noble mission de combattre. Etant
exclus des opérations militaires, on nous privait de l'estime de
nombreuses familles de France. Au sein desquelles il manquait un fils
ou un frère qui crapahutait peut-être quelque part, du côté
de l'Akfadou et donnait la chasse à Amirouche et à ses bandes.
Voilà le traquenard dans lequel sont tombés ceux qui cependant
nous disaient, à nous qui menions, les armes à la main,
un combat clandestin pour la France depuis 1955 :
" De quoi vous mêlez-vous ? Laissez donc faire l'armée
et la police ! "
Ils n'ont pas détecté le piège que l'on nous tendait.
Piège qui s'exprimait de la manière suivante :
" Les Pieds-Noirs à la niche ! Cette affaire d'Algérie,
ce n'est pas votre affaire. "
Pour les conjurés permanents contre l'Algérie française,
tout particulièrement actifs dans les hautes sphères du
capitalisme financier, il fallait activer le pourrissement de la situation.
Il importait de conférer à cette guerre les aspects d'une
guerre coloniale. Il fallait la convertir en une nouvelle guerre de conquête.
Une guerre injuste, que plus tard on se permettra d'appeler guerre de
libération pour les Algériens de confession musulmane.
Dans le déroulement de cette mascarade, on ne laissera pas passer
l'occasion de faire tuer quelques milliers de soldats français,
quelques milliers de Pieds-Noirs, quelques centaines de milliers de musulmans.
De laisser lyncher sans réagir des dizaines de milliers de Harkis.
De tolérer l'enlèvement de plusieurs centaines de nos concitoyens
dont on ne sait rien, aujourd'hui encore, du sort qui leur fut réservé.
Qu'importaient la liberté et la vie d'un million de Français
d'Algérie !
Ce travail de sape mis en uvre à partir de la notion
perverse de " Pieds-Noirs planqués " de " Pieds-Noirs
qui gagnent de l'argent " pendant que les soldats du contingent risquaient
de se faire casser la gueule dans le djebel, fut à l'origine d'un
remarquable succès remporté par l'anti-France. Hier comme
aujourd'hui d'ailleurs.
On a refusé de mettre la province française du sud de la
Méditerranée, en situation de guerre totale. On n'a pas
voulu transmettre au peuple français d'Algérie et à
la majorité des musulmans français partisans de la France,
l'enthousiasme militaire qu'il faut savoir élaborer, en temps de
guerre, pour qu'une troupe et un peuple soient pugnaces et efficaces.
Cette déconsidération à l'égard du peuple
pied-noir s'est confirmée avec un morne éclat le 22 avril
1961. Lors du malheureux putsch.
Une belle occasion cependant de sauver la France Sud-Méditerranéenne.
C'est-à-dire avant tout une gigantesque et merveilleuse tête
de pont enfoncée jusqu'au cur de l'Afrique. Une tête
de pont qui plongeait jusqu'aux confins de la Mauritanie, du Mali et du
Niger. Une tête de pont qui aurait changé le destin de l'Afrique,
de la France et du monde.
Mais, l'Union Minière du Congo, les grandes sociétés
d'investissements du capitalisme financier ont négligé les
peuples au bénéfice exclusif de la valeur ajoutée
des investissements.
Les richesses de ces territoires, minières et agricoles, oui.
Mais les peuples, les populations, " gardez-les pour vous !"
Fin de la troisième explication
QUATRIÈME EXPLICATION
LE COMPORTEMENT TROP COURTOIS,
TROP CIVILISÉ POUR NE PAS DIRE TROP NAÏF
DES PUTSCHISTES
Le comportement des putschistes va finalement les aveugler. Cette obsession
de ne pas recourir à l'enthousiasme populaire de l'Algérie
française explique, en effet, qu'ils n'ont pas vu.
" Ils n'ont pas vu
. Quoi ? "
Ils n'ont pas vu que De Gaulle, quant à lui, ne l'avait pas négligé
cet enthousiasme populaire. L'enthousiasme populaire de l'anti-France.
Il le suscita, il le provoqua et il le nourrit de main de maître,
en Algérie, au début du mois de décembre 1960.
Cet événement de décembre 1960, il faut le définir
comme L'ANTI 13 MAI 1958. Grâce à des hommes liges, comme
François Coulet par exemple, le chef de l'Etat appela les musulmans
à manifester dans la rue, sous la protection des forces de l'ordre
françaises, pour crier en même temps :
" Yahia De Gaulle !
Yahia FLN ! "
C'est-à-dire " Vive De Gaulle et Vive le FLN "
Par ces journées de décembre, De Gaulle prétendait
démontrer à l'opinion publique que le peuple musulman d'Algérie
s'était soumis au FLN et qu'il réclamait l'intervention
de Charles De Gaulle pour accéder à l'indépendance.
En cette occasion, celui-ci s'est révélé sans aucune
ambiguïté, comme un agent de l'anti-France, comme un agent
de l'agresseur de la France, puisque les évènements d'Algérie
ont été officiellement identifiés à une guerre
par la Ve République.
Il inaugura son parcours en Algérie, à partir de l'Oranie,
d'Aïn Temouchent, dans des conditions qui nous couvrent, aujourd'hui
encore, nous les partisans de l'Algérie française, d'un
ridicule qui devrait nous faire honte : en effet, toutes les conditions
étaient réunies pour qu'il pût être abattu.
Or, rien ne fut tenté dans cette ville d'Oranie.
Lorsque des années plus tard je posai la question suivante à
Toulouse, à mon grand ami et frère d'armes le regretté
Yvan Santini :
" pourquoi n'as-tu pas fait tuer De Gaulle à Aïn Temouchent
? "
il me répondit avec une sincérité désarmante
:
" j'aurais pu le faire, mais je n'avais pas d'ordre ! ".
J'ai commenté ce propos avec lui. Nous éprouvâmes
la conviction que nous avions laissé passer ce jour-là,
peut-être, le sauvetage de l'Algérie française.
Je suis persuadé que De Gaulle était conscient du risque
qu'il prenait en venant en Algérie. Mais il tenait à exprimer
par-dessus tout son mépris des Pieds-Noirs et de l'armée,
en agissant comme s'il avait voulu dire :
" Je viens en Algérie, parce que vous êtes trop couards
et trop mal organisés pour tenter quelque chose contre moi. "
Que devaient faire les putschistes dès le 22 avril 1961 ?
De la même manière que De Gaulle, en décembre 1960,
avait organisé " l'anti 13 mai 1958 ", il fallait déclencher
dans un enthousiasme français " l'anti-décembre 1960
" en Algérie.
J'ai insisté sur cette possibilité dans le cadre de la troisième
explication. Le peuple d'Alger, le peuple d'Oran et derrière eux
le peuple du Constantinois, auraient suivi l'armée engagée
dans ce combat ultime pour sauver l'Algérie française, défendre
la France et l'Occident. L'anti-décembre 1960, c'est-à-dire
le putsch du 22 avril, devait s'identifier à l'opération
salvatrice de l'Algérie française qu'il fallait exhiber
devant la France et le monde entier.
Les putschistes n'avaient aucune raison de ménager le chef de l'Etat.
Car ils auraient dû se souvenir des pusillanimités successives
et historiques de Charles De Gaulle.
Pendant la campagne de France, on a trop écrit sur le comportement
du colonel De Gaulle, pour attacher de l'importance à des commentaires
serviles qui prétendent en faire un pseudo-héros d'un pseudo-combat
de Montcornet.
Certains militaires ont souligné son comportement " anormal
" devant Abbeville.
Néanmoins, De Gaulle était connu dans certains milieux de
chasseurs de têtes, comme un auteur ayant publié des écrits
qui le situaient à l'avant-garde, prétendait-on, des nouvelles
techniques et des nouveaux équipements militaires. Dans un livre
fort riche en informations, " Les Mémoires d'un président
" l'auteur que l'on peut identifier sans effort à Paul Reynaud
lui-même, n'hésite pas à dire de De Gaulle qu'il était
" écrivaillon par goût, militaire par erreur ".
Celui-ci fut néanmoins choisi par ces chasseurs de têtes.
Choisi en particulier par qui ?
Par la maîtresse du président du Conseil, la comtesse de
Portes, dont on écrit qu'elle faisait partie du Mouvement Synarchique
International. Elle l'a fait nommer général de brigade,
à titre temporaire et sous-secrétaire d'Etat à la
guerre, dans le gouvernement de Paul Reynaud. Cette nomination providentielle
a permis surtout à De Gaulle de se soustraire à l'autorité
du général Weygand.
Dans une étude précédente, j'avais évoqué
les circonstances du départ à Londres du général
De Gaulle en juin 1940.
De Gaulle, sous-secrétaire d'Etat à la guerre, avait reçu
la mission de Paul Reynaud de le précéder à Londres.
Paul Reynaud prétendait y continuer la lutte, en accord d'ailleurs
avec Winston Churchill. C'était donc en tant qu'officier de liaison
que De Gaulle s'est rendu, sur ordre, à Londres et non pas pour
y organiser la résistance.
Dans ce livre, " Les Mémoires d'un président ",
l'auteur souligne les peurs manifestées par De Gaulle. Celui-ci,
à l'instant de l'embarquement exhiba ses craintes et sa panique,
qui lui firent refuser ce départ. D'après l'auteur, il fut
happé contre son gré et introduit de force dans la carlingue
de l'avion par le général Spears et le lieutenant de Courcelles.
C'est donc contre sa volonté que De Gaulle s'est rendu à
Londres. Son génie fut, une fois sur place, de ne pas avoir raté
l'occasion d'exploiter pour son profit personnel et exclusif, l'accident
de la route dont furent victimes Paul Reynaud et sa maîtresse. De
Gaulle se révéla ingrat à l'égard de la comtesse
dont il ne voulut plus entendre parler. Ingrat ? Pourquoi ? Parce que
c'est à la comtesse de Portes qu'il devait sa nomination au grade
de général de brigade à titre temporaire et de sous-secrétaire
d'Etat à la guerre. Mais De Gaulle, tout le monde le sait, est
un mauvais débiteur.
En 1946, De Gaulle abandonne le pouvoir, purement et simplement, devant
la pression des communistes. Je me souviens du discours lamentable qu'il
prononça pour expliquer sa désertion devant l'ennemi communiste.
Les Gaullistes, " vont se sentir orphelins ", écrit Alain
Peyrefitte.
A Alger, nous, les élèves du lycée Bugeaud, du moins
ceux qui en 1946 avaient le courage d'affirmer qu'ils étaient anti-communistes,
décidâmes de manifester dans la rue pour provoquer un retour
au pouvoir du général De Gaulle.
Nous refusions que le pouvoir fût abandonné aux suppôts
de Staline en 1946. Nous espérions que le général
allait se reprendre et vaincre sa couardise de l'époque.
Je me souviens d'avoir défilé dans les rues d'Alger au cri
de " Vive De Gaulle " et " De Gaulle au pouvoir "
en 1946, je le rappelle.
Un spectateur de la rue, très bourgeoisement vêtu, nous regardait
défiler avec ahurissement. Cet homme, manifestement distingué
et cultivé, s'est exprimé devant notre enthousiame grotesque
et ridicule par une apostrophe qui se voulait agressive :
" Ah nous sommes jolis ! "
Cette phrase ne mérite pas d'être retenue si vous vous refusez
de la prononcer avec l'accent pied-noir.
En pensant à ce respectable compatriote, il m'arrive de considérer
que tous les ennuis, avatars, problèmes et drames que j'ai personnellement
vécus plus tard, illustrent un châtiment du ciel que je méritais
pour avoir crier " Vive De Gaulle " une fois dans ma vie. C'était
en 1946.
La nomination de De Gaulle au grade de général de brigade
à titre temporaire, mérite que l'on s'y attarde un peu.
Il s'agit de faire toucher du doigt que la comtesse de Portes, maîtresse
de Paul Reynaud, la " salope " telle qu'on l'appelait dans l'entourage
de De Gaulle, jouissait d'un pouvoir suffisant pour obtenir cette nomination.
En effet, à cette époque, la nomination des généraux
s'effectuait en conseil des ministres. Le général Galiffet
explique dans son livre " Le Sabreur de la Commune " comment
il avait suggéré à Waldeck Rousseau de mettre en
place ce processus de nomination des généraux. C'était
au moment de l'agitation boulangiste au cours d'un entretien que les deux
hommes ont tenu à la brasserie Lipp à Paris.
En 1960, lors des Barricades d'Alger, De Gaulle, on veut le cacher
aujourd'hui encore, manifeste une fois de plus sa pusillanimité.
Il envoie Debré à Alger, de toute urgence, pour calmer les
ardeurs patriotiques des officiers parachutistes. Debré, premier
ministre du général, va être confronté à
Argoud et à tous les officiers de la 10ème DP. Il va leur
affirmer, sur sa parole d'honneur, que De Gaulle allait choisir la solution
la plus française.
Quelques jours plus tard, De Gaulle déclare en substance aux patriotes
d'Alger, civils et militaires : " comment pouvez-vous douter que
De Gaulle ne choisira pas la solution la plus française pour l'avenir
de l'Algérie !". Ce propos suffit à décérébrer
tous les officiers. Ceux-ci représentaient pourtant un énorme
potentiel d'action s'ils avaient été clairvoyants durant
cette semaine. Si De Gaulle s'est livré à cette affirmation,
c'est parce qu'il avait eu la trouille. Car lui savait très bien
qu'il avait tout à redouter durant cette Semaine des Barricades.
En 1968 De Gaulle, devant les manifestations et l'agitation révolutionnaire
qui secoue la mère patrie va prendre la fuite. " Massu, au
secours ! ". Voilà qui résume l'attitude de l'homme
de Colombey. On a trop écrit sur ce chapitre pour que j'insiste
sur cet épisode grisâtre, un de plus, de notre histoire.
En 1969, le référendum imposé aux Français
par De Gaulle, dit " NON !". De Gaulle ne l'accepte pas. Il
quitte le pouvoir, manifestant ainsi, officiellement, son manque de considération
pour le suffrage universel. Il retourne dans sa maison. Il y attend en
réalité, que puisse s'accomplir une seconde parousie. Car
dans son comportement paranoïaque, il ne doute pas que la masse des
Français allait le rappeler au pouvoir une fois de plus
lui
le " sauveur perpétuel de la France ". Cette fois, il
attendra en vain.
De Gaulle s'est révélé comme un homme-outil de grand
luxe, pour le capitalisme financier.
Il fut l'exécuteur historique du " délestage économique
du débouché algérien ". L'auteur du livre "
Les mémoires d'un président " écrit en substance
: " il serait temps que l'on écrive l'histoire de la conjonction
De Gaulle-Rothschild ". Ajoutons qu'il serait temps de s'intéresser
au rôle néfaste de la secte pompidolienne
. Qui d'ailleurs,
organisa la défaite de De Gaulle en 1969. Parce que celui-ci ne
lui était plus utile.
En 1940, détecté comme un homme de main de grande valeur,
De Gaulle fut " entrepris " par la comtesse de Portes.
Cette femme avait l'habitude d'évaluer la réceptivité
de ses interlocuteurs masculins aux réactions de leur appendice
sous-pubien. Et l'auteur de ce livre suggère qu'elle aurait bien
voulu exercer ses charmes, non pas auprès du général
de brigade à titre temporaire De Gaulle, mais auprès du
maréchal Pétain qui détenait le pouvoir en 1940.
Je ne puis résister à l'envie de revenir sur la personnalité
de ce grand officier français. Pétain, colonel ancien à
Arras, eut à recevoir un jour le colonel Grandmaison, professeur
à l'école de guerre. Celui-ci était venu enrichir
le savoir des officiers du régiment commandé par Pétain,
des techniques modernes d'offensive, à mettre en pratique dorénavant.
Les vagues d'assauts de fantassins, à la baillonnette, étaient
décrites comme le moyen le plus efficace pour enlever une position
détenue par l'ennemi. Pétain, convaincu que sa retraite
était proche, ne s'est pas départi de son habituel franc-parler.
S'adressant aux officiers du régiment, auditeurs de la conférence
du colonel Grandmaison, il leur déclara sans état d'âme,
en substance :
" Ce que vient de vous exposer le colonel Grandmaison est tout le
contraire de ce qu'il faut faire. Avant d'attaquer une position ennemie,
il faut l'écraser sous la puissance du feu ".
Pétain était sur le point de prendre sa retraite et c'est
le général Franchet D'Esperey, né en 1856 à
Mostaganem, qui, quelques mois avant la déclaration de guerre de
1914 alerta le Conseil des ministres pour que l'on nommât Pétain
au grade de général de brigade.
De Gaulle fut donc appelé en 1940 par Paul Reynaud qui en avait
fait son officier de liaison auprès de Churchill.
Les Britanniques durant la désastreuse campagne de France, étaient
conscients d'une nécessité absolue. Il fallait à
tout prix arrêter l'armée allemande, le plus loin possible
des Pyrénées. Car ce qui était vital pour eux c'était
de soustraire le général Franco, en Espagne, à l'influence
de ses faucons. Ceux-ci, éprouvant encore l'enthousiasme de la
victoire franquiste de 1939, ne voulaient pas laisser passer l'occasion
d'utiliser l'armée allemande victorieuse pour reprendre Gibraltar
aux Britanniques. Pour réintégrer ce port militaire à
l'Espagne.
Samuel Hoare, spécialiste de l'aviation, fut nommé en 1940
à Madrid comme ambassadeur d'Angleterre par Winston Churchill dans
un but bien précis. Tout faire pour que l'Espagne restât
neutre. Car Gibraltar c'était " les Thermopyles " de
l'empire britannique. C'était la clef de la Méditerranée.
Si l'Espagne s'engageait dans la guerre, au côté de l'Axe,
l'Allemagne était en mesure de verrouiller la Méditerranée
à l'ouest, grâce à la prise de Gibraltar. Les conditions
d'une victoire allemande étaient peut-être réunies.
Par quelque moyen que ce fût, il fallait à tout prix arrêter
l'armée allemande le plus loin possible des Pyrénées.
Ce fut l'objectif opérationnel attribué au maréchal
Pétain. Quand il était encore ambassadeur de France en Espagne.
L'armistice obtenu par celui-ci au mois de juin 1940 avait comme but stratégique
d'arrêter les panzers du général Guderian le plus
loin possible des Pyrénées.
Ce jour de l'armistice, Hitler a perdu la guerre et il ne le savait pas.
Les deux vainqueurs réels d'Adolphe Hitler furent historiquement
:
o le général Franco, parce qu'il a su résister
à la pression de ses " Faucons ", ultra-nationalistes
espagnols qui voulaient saisir la balle au bond pour enlever Gibraltar
aux Britanniques. Et parce que plus tard, à Hendaye, Franco refusa
à Hitler le passage de ses troupes pour enlever Gibraltar. Ce jour-là
le chancelier du Reich a dû regretter d'avoir accepté l'armistice
sollicité par Pétain.
o Le maréchal Pétain, par sa décision de demander
un armistice, protégea les ultra-nationalistes espagnols contre
une contagion d'enthousiasme. Ce jour de l'armistice illustre militairement
et historiquement le jour de la défaite stratégique d'Adolphe
Hitler.
J'ai suggéré, en m'appuyant, sur les écrits des
" Mémoires d'un président ", que la comtesse de
Portes avait tenté une approche auprès du chef de l'Etat
français, Philippe Pétain. Mais celui-ci lui refusa sa porte,
comme le souligne le " Président ".
Horreur ! Qu'ai-je osé suggérer ?
Mon copain Raymond a piqué une crise de colère, que je ne
comprends pas.
Ou bien il a lu trop rapidement ce que j'ai écrit, ou bien il n'a
pas tout compris.
Je n'ai jamais dit que Pétain voulait " se faire " la
comtesse. Je n'ai même pas dit que cette comtesse avait décidé
de séduire le maréchal. J'ai rappelé ce que le "
Président " suggère lui-même : la séduction
sexuelle était l'argument majeur, pour ne pas dire exclusif, dont
savait se servir la Du Barry de la 3ème République.
Raymond rappelle le grand âge du maréchal qui, d'après
lui, devait le tenir à l'abri des tentations de la chair. C'est
certain. Mais personne ne peut nier que le maréchal Pétain
exerçait un charme indiscutable sur la gent féminine.
Que Raymond se rassure. Je n'ai jamais prêté au maréchal
Pétain des intentions de courir encore le guilledou. Néanmoins
je trouve regrettable que Raymond éprouve la nécessité
de mettre en doute le charme que peuvent exercer certains hommes de 83
ans !
Il n'existait aucune raison historique majeure, pour les putschistes
du 22 avril en Algérie, de ménager De Gaulle. L'homme qui
a pris " beaucoup trop de libertés " avec la France,
" qu'il a traitée comme sa chose ".
Il aurait fallu, surtout, ne pas rater la dernière occasion.
La dernière occasion ce fut l'occasion du 26 AVRIL 1961
Une occasion que le destin s'est entêté à offrir
encore une fois aux militaires pour sauver l'Algérie française.
J'en ai eu connaissance personnellement en 1963, par Patri. Ce brillant
combattant du 1er REP, héros de multiples combats.
Le putsch se traînait lamentablement vers son agonie. La mort dans
l'âme, les hommes de troupe, les sous-officiers et l'immense majorité
des officiers se disposaient à obéir au général
Challes, et à se soumettre, une fois de plus, à De Gaulle.
Un grain de sable a failli remettre tout en question. Une section du REP,
commandée par un sergent chef, occupait encore le PC d'Alger Sahel.
Ce PC se situait très près de la cathédrale d'Alger.
Lorsque vous vous situiez devant la cathédrale, en lui tournant
le dos, vous aviez en face de vous l'archevêché, et au-delà,
la Place du Gouvernement et la mer.
Sur votre droite, vous aviez la rue de Chartres et la rue de Lyre. Sur
votre gauche la rue Bruce où se dressait la plus importante caserne
de pompiers d'Alger. Le PC d'Alger Sahel se situait très près
de cette caserne de pompiers.
Les ordres du sergent-chef étaient précis :
tirer sans avertissement au bazooka sur tout véhicule de la gendarmerie
qui emprunterait la rue de la Lyre pour se rendre en direction du centre
d'Alger.
Or, le soir du 26 avril, aucun contre-ordre n'était parvenu au
sergent-chef qui commandait la section.
Et voilà qu'en début de soirée des véhicules
de la gendarmerie empruntent la rue de la Lyre pour rejoindre la place
du Forum.
S'y déroulait une dernière manifestation. Des milliers d'hommes,
des civils algérois, étaient rassemblés en armes.
Des légionnaires du REC étaient présents, eux aussi,
avec leurs véhicules. La tension était extrême.
Les unités parachutistes et les commandos de chasse du commandant
Robin en particulier, s'apprêtaient à quitter Alger, la mort
dans l'âme. Les véhicules qui transportaient ces milliers
de soldats hors d'Alger, n'hésitaient pas à faire retentir
leur klaxon au fameux " ti-ti-ti-ta-ta " " al-gé-rie
fran-çaise " et ils avaient tous déclaré :
" nous partons, mais au premier coup de feu nous revenons et cette
fois on ne rigolera pas ".
Le sergent-chef commandant la section du REP qui occupait Alger-Sahel,
s'apprête donc à tirer sur les véhicules de la gendarmerie,
comme il en avait reçu l'ordre. Et voilà qu'à la
seconde où il va déclencher le tir, dans un esprit de discipline
outrancière, il décide d'informer le PC du régiment,
le PC du 1er REP, qu'il va ouvrir le feu.
" Rouge va ouvrir le feu ".
Panique au PC du 1er REP. Le contre ordre est immédiatement donné
à ce vaillant sergent-chef de s'abstenir de toute ouverture du
feu.
Que se serait-il passé si le tir avait été déclenché
?
Tout pouvait repartir dans un esprit offensif. Car cette fois, les civils
d'Alger étaient prêts à s'engager en armes, et par
milliers. Les commandos qui se trouvaient encore au Cap Matifou et à
Maison Carrée, ainsi que les hommes du REP et du REC seraient repartis
dans un esprit différent à l'assaut du pouvoir gaulliste.
Ils auraient été rejoints par le 14ème et le 18ème
RPIMA qui étaient en train de revenir d'Oran, abandonnés
provisoirement par le peuple oranien qui n'avait pas participé
au putsch.
Tout était possible.
Mais les putschistes ont tenu bon. Ils ont sauvé le gaullisme par
leur refus d'engager une action qui fût véritablement révolutionnaire.
Il s'agissait pourtant, aussi, de la défense d'un peuple français,
menacé de génocide, le peuple pied-noir. Dont le massacre
avait été envisagé avec désinvolture par la
majorité du peuple de métropole.
L'histoire jugera.
CONCLUSION
A VOTRE AVIS, QUI VA CÉLEBRER
A GRAND BRUIT
LA VICTOIRE EN 2012
POUR LE 50ème ANNIVERSAIRE
DE LA MORT DE LA FRANCE
SUD-MÉDITERRANÉENNE,
LE 50ème ANNIVERSAIRE DE LA MORT DE L'ALGÉRIE FRANÇAISE
?
Qui va être contraint de boire le calice de la honte jusqu'à
la lie ?
Pour qui vont résonner les actions de grâce et les apothéoses
de la gloire et de la victoire ?
Qui va encore se réjouir en public de la défaite de
la France de 1962 ?
Jean-Claude Pérez
Nice
Le 17 mai 2011
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