Armand Bénésis de Rotrou Villa Mara 12, avenue Louis Grosso 06400 Cannes Tel./Fax : 04 93 43 59 40 Mobile : 06 71 14 44 61 Courriel : de.rotrou@orange.fr
Veuillez trouver, ci-dessous, le thème de la conférence que des associations m'ont demandé de tenir à la suite de la diffusion de ma Mongraphie. J'ai la satisfaction de constater qu'elle suscite l'intérêt. Si vous êtes animé(e) des mêmes sentiments, je vous saurais gré de la communiquer, à son tour, à votre entourage. Bien entendu, je me tiens à la disposition, avec plaisir, de ceux qui me demanderaient de faire cet exposé devant leur auditoire. Bien amicalement. Armand Bénésis de Rotrou L'ALGÉRIE DE 1954 À 1968 - O - (DÉCRET CRÉMIEUX) Comme je me trouve devant un auditoire sympathique, je vais commencer cet exposé par une anecdote : Dernièrement, j'ai rencontré un monsieur qui faisait
de la repentance au sujet du décret Crémieux, " Que s'est-il passé le 14 juillet 1865 ? " Comme il ne savait pas, je lui ai répondu que c'était
la date d'un senatus consulte de Napoléon III, autrement dit d'un
décret qui, sous certaines conditions, faisait de tous les "
indigènes " d'Algérie Ces conditions étaient contraignantes pour les musulmans, car
elles impliquaient le renoncement à la polygamie, au divorce (qui
était interdit en France à l'époque) et aux droits
de succession traditionnels Il en résulta que sur un million et demi de musulmans, seuls 361 se feront naturaliser Français en 10 ans. Il n'en était pas de même pour les israélites qui, en vertu du décret Crémieux, deviendront tous Français le 24 octobre 1870. Ignorant ces détails, l'opinion publique se persuadera, à tort, que ce décret est une injustice envers les musulmans. (MON EXPÉRIENCE) Au sujet de l'exposé qui va suivre, sachez que ce que vous allez entendre est tiré de l'expérience que j'ai acquise, de 1956 à 1968, c'est-à-dire jusque 6 ans après l'indépendance, de cette guerre et de ce pays. Un pays que j'ai parcouru d'est en ouest, du nord au Sahara, et toujours immergé, je le précise, dans la population autochtone, une population que j'ai bien connue, car j'ai toujours servi dans des unités de quadrillage ou de harkis, puis, après l'indépendance, dans de petites localités. Et cela a fait dire au Général Faivre, historien militaire, dans la préface qu'il a consacrée à mon livre, que ce dernier : " Contient des données intéressantes pour l'histoire. " (POPULATION AUTOCHTONE) La population autochtone que je viens de citer était, à l'époque, rurale à 87 %. Elle était composée de gens simples, profondément
croyants et fatalistes, plus désireux de paix, d'ordre Des gens qui étaient résolument attachés à
leurs coutumes ancestrales, à leur société patriarcale,
Enfin, des gens qui, par atavisme, respectaient l'autorité, méprisaient les faibles, et qui n'étaient pas disposés à retourner à la tyrannie des tribus, à la grande misère, à la corruption de l'époque d'avant 1830. Toutes ces raisons ont fait dire à un autochtone, le bachaga Boualam, et c'est comme cela que je l'ai ressenti, que le peuple algérien était francophile à 80 %. (UNE POPULATION RÉSOLUMENT ENGAGÉE À NOS CÔTÉS) Et toutes ces raisons ont fait que, face au conflit qui a éclaté,
cette population se rangera résolument Comment ? Eh bien par le moyen le plus simple, et le moins risqué
en ces temps de terreur, en prenant Et cela se traduira par un nombre d'autochtones sous les drapeaux de 223 000. Et 223 000, c'est 4 fois le nombre des rebelles, à l'apogée de leur puissance, présents en Algérie, en Tunisie et au Maroc (55 700). Jusqu'en 1962, ce rapport ne fera que se renforcer, car les katibas de l'intérieur (les compagnies régulières) vont être de plus en plus décimées. Ces forces rebelles se maintiendront toutefois à 5 000 hommes,
compte tenu (comme nous le verrons L'armée d'Algérie, quant à elle, dans son ensemble, au sommet de sa puissance, Français et autochtones confondus, totalisait un effectif de 561 000 hommes. Dans ces 561 000 hommes, les 223 000 autochtones comptaient donc pour un total de 40 %, mais, précisons-le, pour une population de 17 % celle de la France. Sachant que près de la moitié de ces 561 000 hommes
n'étaient pas des opérationnels, mais des sédentaires
affectés à des emplois administratifs, logistiques ou d'état-major,
il s'avère donc que ces Ces chiffres se retrouvent d'ailleurs dans le nombre de tués
au combat, où, sur un total de Et voici comment le général Bigeard, un grand soldat qui avait une longue expérience des unités autochtones, juge la situation : " Sur tout le territoire, durant des années, les supplétifs, tirailleurs et harkis, ont apporté un soutien inestimable à la France. " Leur conviction est qu'ils doivent lutter aux côtés de la grande nation. " Elle seule peut apporter au peuple musulman le développement
qu'il mettra bien plus longtemps " Ils rêvent d'un pays sans ce pouvoir dictatorial que le F.L.N. instaure, dans le sang, en parti unique. " Le mot de la fin est laissé à Madoui, un universitaire autochtone qui, successivement, fut officier dans l'ALN (armée de libération nationale), puis, une fois rallié, sous-lieutenant dans nos rangs, et enfin membre de l'OAS. Voici ce qu'il écrit : " J'étais persuadé que si le peuple algérien avait à faire le choix, librement, il se prononcerait en majorité contre la sécession. " Ce tableau optimiste sera cependant assombri - guerre révolutionnaire
oblige - par le fait que la population autochtone, en dehors de ces 223
000 hommes et de leurs familles qui bénéficiaient d'une
protection, sera, dans son ensemble, réduite au silence, car elle
vivait sous le régime de la terreur, (GRANDS TOURNANTS DE LA GUERRE D'ALGÉRIE) J'en arrive maintenant au vif du sujet, à l'énoncé
des événements qui ont marqué la période de
1954 à 1962, et qui constituent les grands tournants de la guerre
d'Algérie. La guerre d'Indochine vient de se terminer, et 70 % de nos prisonniers sont morts dans les camps de l'enfer vert. L'armée d'Algérie est une armée du temps de paix, et la France est prise au dépourvu. Il s'ensuit que, jusqu'en 1956, l'Algérie connaîtra une période de flottement, durant laquelle la terreur l'emportera sur la sécurité. Cette époque, de 1954 à 1956, restera celle où le FLN, fort de son OPA (organisation politico-administrative - civile) et de ses katibas, semble avoir le dessus et être en mesure d'atteindre ses objectifs. Dans tout le pays, la vie est rythmée par les attentats, les assassinats, les destructions d'infrastructures. (1957) Puis, à partir de 1957, sous l'action du gouvernement de la
IVe République, les pouvoirs publics et l'armée réagissent
(souvenons-nous de la bataille d'Alger), ce qui a pour résultat
un ressaisissement Une population autochtone qui est lasse de la tyrannie des rebelles,
lesquels multiplient les attentats ; égorgent ; rançonnent
; interdisent de fumer et de boire, et tranchent les oreilles, les lèvres
et le nez Et nous assisterons alors à une levée en masse des supplétifs,
ce qui se traduira par la mise sur pied 1° - 114 GMS, groupes mobiles de sécurité, comparables
à nos compagnies de CRS 2° - 700 SAS et 30 SAU, sections administratives spécialisées
et urbaines, unités chargées 3° - 60 000 harkis ; Et enfin 4°, - 2 000 douars en autodéfense, représentant 55 000 hommes armés. Forte de ces nouvelles dispositions, l'armée remporte alors ses premiers grands succès, des succès remportés, il faut le préciser, grâce à l'aide irremplaçable de ces 223 000 autochtones, et, surtout, grâce aux anciens fellagas ralliés, car c'est eux qui communiquent à nos troupes leur savoir-faire, qui leur apprennent, comme des chiens de chasse, à débusquer et à mettre le rebelle furtif hors de combat. Il est reconnu que cette guerre, qui sera perdue politiquement en
1962, a été gagnée, sur le terrain et dans la conquête
des âmes, grâce à l'engagement sans restriction de
ces autochtones, des supplétifs comme (LE GRAND MOUVEMENT PATRIOTIQUE DU 13 MAI 1958) À ce ressaisissent de 1957 succède, en 1958, le grand
mouvement patriotique du 13 mai, Et voici comment une historienne, Marie Dumont, décrit ces événements : " Un élan patriotique et de fraternisation général
en faveur de la paix et contre la guerre, Le sous-lieutenant membre de l'O.A.S. Madoui, à l'époque officier dans l'ALN, écrira ceci : " L'espoir est si grand, que la wilaya IV (l'une des 6 provinces
FLN, la sienne) pavoise aux couleurs Imaginez donc des fellagas, qui, eux aussi lassés de la dure
existence qui leur est imposée, brandissent Tous les espoirs se portent alors sur le général De Gaulle, qui, fort à propos, lance la paix des braves. Pour les autochtones, la France est enfin gouvernée par un
militaire, un membre de l'armée, qui, Et voici 2 extraits de professions de foi publiques faites par des ralliés du célèbre commando " Georges ", auquel j'appartenais : 1° - Ex-lieutenant de l'ALN Ali Bouziane : " La population, qui était notre raison de combattre et notre soutien, nous abandonne. " J'ai confiance en De Gaulle, et mes frères dans le maquis aussi. " Nous avons été trompés, et l'Algérie heureuse, nous la ferons avec lui " 2° - Ex-sergent rebelle Smaïn : " Les rebelles de L'ALN, même les chefs, ont confiance en De Gaulle "
À la suite du 13 Mai, les rebelles ont donc perdu la foi et ils demandent à déposer les armes. La paix est à portée de la main, et le Bachaga Boualam
propose sa solution au général De Gaulle ; " Donnez-moi 500 000 harkis, et vous pouvez renvoyer tous les appelés chez eux, et je vous garde l'Algérie à la France. " Profitant de la liesse générale et de la dynamique de la paix, c'était là le moment, crucial, de faire appliquer la loi-cadre de Gaston Deferre de 1956, une loi qui devait introduire, je cite : " Des réformes dans le statut des colonies et des possessions d'Afrique du Nord, et transformer l'Algérie en une province fédérative à collège unique. " Toutefois, contre toute attente, le général De Gaulle
se prononce alors pour l'intégration, une solution Quatre ans avant 1962, la paix était donc possible, mais elle a été manquée, et le pays retombe dans l'embarras. (RÉFÉRENDUM DE SEPTEMBRE 1958) En septembre 1958, la liesse générale n'est pas encore retombée, et le référendum sur les nouvelles institutions de la République est un succès. Malgré les consignes de boycott du FLN, les autochtones participent en masse, y compris les femmes (normalement voilées et mises à l'écart des hommes), et les résultats se chiffrent par 95 % de " oui ". (MALAISE) Toutefois, peu à peu, malgré la confiance retrouvée et l'engagement des autochtones, la routine s'installe, l'espoir en une Algérie nouvelle se distend, et un certain malaise s'installe dans le pays. Et pour cause : Car avec l'arrivée du général De Gaulle, les
populations s'attendaient à des mesures draconiennes Or rien ne change, ce qui fera dire à mes harkis et à mes chefs de douar : " Le général De Gaulle est trop gentil avec les fellouses (fellagas). " (Fin 1958) Puis, dans les derniers mois de 1958, c'est l'affaire Si Khaled, et la paix manquée pour la 2e fois. En effet, le GPRA (gouvernement provisoire de la République algérienne, basé à Tunis) a perdu l'espoir de gagner la guerre, et il se décide pour la paix des braves. Un commandant de l'ALN, Si Khaled, un ancien de Sciences-PO, est chargé de conclure un cessez-le-feu, et c'est le bachaga Boualam, qui est contacté en 1er, qui assure le lien avec les autorités françaises. Si Khaled annonce la reddition, dans l'immédiat, de 5 000 hommes,
puis de 20 000 dans un 2e temps, Pour des raisons qui ne sont pas encore éclaircies à ce jour, cette main tendue sera refusée, et cela aura pour conséquence une radicalisation du GPRA. Celui-ci en effet, persuadé que la France n'est pas décidée
à réformer l'Algérie, tombera sous la coupe En janvier 1959, le général De Gaulle est élu
président de la République, et, à cette occasion,
il gracie Ces mesures sont mal perçues par les autochtones en Algérie,
lesquels les prennent pour une marque En Août 1959, le général De Gaulle effectue un
nouveau voyage en Algérie, voyage qu'il consacre Enfermé dans un mutisme, ayant l'air de s'ennuyer, il déçoit une armée qui se bat avec foi, qui remporte des succès déterminants, et qui attendait des félicitations et des encouragements. À Saïda, il déconcerte les 250 anciens fellouses
du commando " Georges ", lesquels tentent de lui expliquer leur
méthode de pacification, et avec lesquels, sous la tente, il partage
le thé à la menthe (Septembre 1959) Puis arrive le mois de septembre 1959, où le général De Gaulle prononce son célèbre discours sur l'autodétermination, une proclamation qui prend tout le monde à contre-pied, et qui trouble les esprits Et pour cause. Car si cette solution est concevable pour des régimes
démocratiques, elle est totalement inapplicable dans un pays en
proie au terrorisme. Quant aux harkis et aux chefs de douar, toujours confiants en la grandeur et en l'infaillibilité de la France, voici ce qu'ils pensent : " Le général De Gaulle est plein de bonne volonté,
mais il nous complique la tâche, et il facilite celle Pour le GPRA : " Ce discours est notre 1re victoire politique. " (Janvier 1960) Puis, janvier 1960 apporte à son tour son lot de déception,
et, dans le cadre de l'affaire des barricades, Au commando " Georges ", à la peine de voir partir
le colonel Bigeard, un chef auquel ils étaient attachés,
s'ajoute pour ces anciens fellouses la peur de l'avenir, car ils se voient
abandonnés par l'homme auquel ils s'étaient ralliés,
et qui représentait leur suprême garantie. (Juin 1960) Quelques mois plus tard, en juin 1960, intervient l'affaire Si Salah,
et ce sera la paix manquée Fervent partisan de la paix des braves, et, sur des bases rénovées,
du maintien de l'Algérie dans le cadre français, Si Salah
établit des contacts avec le général Salan, auquel
il annonce la reddition, dans un Reçu à l'Élysée, avec ses deux adjoints,
par le général De Gaulle en personne, Si Salah se heurtera
à une fin de non recevoir, le général De Gaulle ayant
décidé de traiter avec le seul GPRA, auquel il fera, Chez le FLN de l'intérieur, qui comprend qu'il est lâché par la France, c'est le moment des trahisons. L'un des adjoints de Si Salah se retourne contre lui, fait allégeance au GPRA, lequel ordonnera une gigantesque épuration qui se soldera par le massacre de milliers de fellagas fidèles à Si Salah. Le sous-lieutenant membre de l'OAS Madoui, à l'époque officier dans l'ALN, faillit y laisser la vie, et, dans son livre, il décrira la scène en détail. (Décembre 1960) En décembre 1960, le général De Gaulle effectue un dernier voyage en Algérie, et cette visite est marquée par une série d'émeutes sanglantes qui troubleront durablement l'ordre et les esprits en Algérie. Ignorant les populations européenne et juive qui le conspuent, le Président réserve ses faveurs à des foules autochtones manipulées par le FLN, lequel, lui faisant réserver un accueil chaleureux, organise par ailleurs des manifestations pro-sécession et racistes, lesquelles feront de nombreuses victimes parmi les populations de toutes confessions, ainsi que dans l'armée. Faits aggravants, les forces de l'ordre, lassées de cette guerre qui n'en finit pas, hormis les parachutistes et les légionnaires qui seront tenus à l'écart du service d'ordre, se rangeront du côté des émeutiers, laissant parfois lyncher des Européens et des juifs sans réagir. (Mai-août 1961) En mai 1961, intervient une décision du Gouvernement qui bouleversera
considérablement la situation Cet arrêt des activités opérationnelles, qui est accompagnée d'une nouvelle libération de 6 000 fellagas, va permettre à une ALN exsangue et une OPA démantelée, de se renforcer et de se reconstituer. Enfonçant le clou, le FLN procède alors à une
2e démonstration de force dans les centres urbains, Les autochtones fidèles à la France ne comprennent plus, et ils sont pris de panique. On assiste alors à des désertions en masse, de supplétifs comme de réguliers, avec armes et bagages. (Juillet 1961) En juillet 1961, en pleine trêve unilatérale, le général De Gaulle déclare que la guerre est pour lui terminée. Ceci est cependant formellement démenti par les faits, le FLN, du fait de la trêve en cours, s'étant considérablement renforcé, et multipliant les actes de terrorisme et de violence. (Août 1961) Sur ces entrefaites, en août 1961, le commandement annonce une réduction massive des supplétifs, accompagnée du désarmement des douars en autodéfense. Cette décision aura pour conséquence de livrer des populations amies, et les soldats qui se battent encore à nos côtés, à la vindicte de l'ennemi. Au commando " Georges " de Saïda, les 250 anciens fellouses
ont de quoi s'inquiéter, et l'un d'eux, " Avec vous tant que vous combattrez le FLN, peut-être contre vous si vous nous trahissez. " (Septembre 1961) En septembre 1961, nous apprenons que le gouvernement a cédé au chantage sur la signature des accords d'Évian, et qu'il abandonne le Sahara au GPRA. Ce même mois, tombe la nouvelle de la fermeture des centres
de formation de la jeunesse algérienne, (Fin 1961) Au cours des derniers mois de 1961, la déflation des effectifs militaires en Algérie s'accélère, ce qui se soldera, de la fin de 1960 au 1er juillet 1962 (donc en 1 an ½), par la suppression de 226 000 postes. Les conséquences en seront le retrait de nos troupes du bled
et des villes, le désarmement complet des douars en autodéfense
et des supplétifs, et, comme corollaire, la main-mise sur le pays
par l'ALN et L'OPA, lesquels multiplieront les assassinats et les massacres,
et mettront en uvre une épuration Ignorant qu'aux termes des accords d'Évian, une clause secrète stipule que les supplétifs devront rester en Algérie, l'armée se heurte, en contradiction avec les textes en vigueur, à l'impossibilité d'engager ses harkis et ses goumiers. Conscient de ces difficultés qui mettent la vie de nos vieux
serviteurs et de leurs proches en danger Commandant de compagnie, je serai alors personnellement contacté par le chef de l'OAS du Constantinois, le colonel Chateau-Jobert, le célèbre Conan de la Résistance. Ce compagnon de la Libération demande à nos troupes, afin de fournir un support logistique indispensable à ces maquis, de leur fournir nourriture et munitions. En plein accord avec mes cadres et mes harkis (harkis que, en contradiction
avec les ordres reçus, Mais ce sera toutefois sans résultats, ces maquis, tous parfaitement
localisés, allant être rapidement (Fin 1961) À partir de la fin de 1961, il s'instaure en Algérie un double langage : D'un côté, les forces de l'ordre reçoivent l'ordre de poursuivre et de détruire les forces du FLN. Et de l'autre, une partie d'entre elles reçoit la mission, dans le cadre de la lutte contre l'OAS, contre ses maquis, et contre les populations qui les soutiennent, de s'allier au FLN et de le soutenir matériellement. Dans ce contexte, des membres du FLN du Maroc, de Tunisie et de France, munis de vrais-faux papiers établis par les autorités françaises, sont introduits, avec leurs armes, en Algérie. Ces dispositions contribueront à ajouter du chaos au chaos, car ces nouveaux venus vont être reçus en ennemis par le FLN de l'intérieur, lequel faillit les passer par les armes, et ils ne devront leur salut qu'au fait qu'ils sombreront à leur tour dans le terrorisme, se livrant alors aux pillages, aux attentats, aux enlèvements et aux assassinats.
En mars 1962, au titre des accords d'Évian, la France conclut la paix avec le GPRA. Et ces accords reposent sur 2 piliers : 1° - Du cessez-le-feu à l'indépendance, la gouvernance
du pays et la conduite du maintien de l'ordre 2° - La transmission du pouvoir, le 2 juillet 1962, jour de l'indépendance, au GPRA. Pour ce qui est de l'exécutif provisoire, cet organisme devait disposer, dans l'exercice de ses attributions, de 3 organes principaux : A - De la police algérienne, laquelle, d'une manière inattendue, va être réduite à néant, car ses membres, aux ¾ français d'Algérie, vont être assassinés, arrêtés ou en fuite. B - D'une force locale de 40 000 hommes (autrement dit d'une armée algérienne), à base de cadres français et d'appelés autochtones. Or cette force sera dissoute à peine après avoir été
mise sur pied, car les appelés autochtones C - D'un corps de police d'intervention de plusieurs milliers d'ATO, des auxiliaires temporaires occasionnels, comparables à nos CRS. Mais cet organisme sera lui aussi dissous à peine avoir été mis sur pied, car ses membres, tous choisis parmi l'OPA et les fellagas libérés, vont sombrer dans le crime organisé et le pillage. Quant au GPRA, imposé de facto par la France, il n'exercera
aucun pouvoir, l'Algérie allant être livrée (Mars 1962, suite) Le 19 mars 1962, en vertu donc des accords d'Évian, la France conclue un cessez-le-feu avec le GPRA. Cet accord est accompagné par une nouvelle libération de 8 500 fellagas. Si ce cessez-le-feu réjouit les appelés français, il rend cependant les harkis et les cadres de l'armée, surtout les autochtones, perplexes et soucieux. Perplexes, car cet accord est conclu avec un ennemi vaincu et divisé, dont la partie algérienne était prête à négocier sans conditions. Inquiets, car nous savons que ce cessez-le-feu ne sera pas respecté par la fraction radicale du FLN, laquelle va gagner en influence et poursuivre ses activités terroristes. Nous, militaires, nous pensons qu'au vu des exactions qui vont se multiplier, le Gouvernement va revenir sur sa décision. En conséquence, nous gardons foi en l'avenir, pensant que nous nous heurtons à des difficultés passagères, mais que le bon sens prévaudra in fine. Tel n'est pourtant pas l'avis du sous-lieutenant membre de l'OAS Madoui, ex-chef rebelle, qui déclare ceci : " En 1962, il ne faisait aucun doute que l'Algérie allait
être livrée à la fraction extrémiste du FLN.
" L'OAS était encore sous le contrôle d'officiers français dont je partageais en grande partie les objectifs, quant à l'avenir de l'Algérie. " Après le cessez-le-feu, l'Algérie devint un enfer. " Tout était fini. " L'Algérie allait être livrée, pieds et poings liés, aux jusqu'au-boutistes du FLN. " J'étais dans une grande détresse, une sorte de tempête mentale. " L'Algérie entre les mains des extrémistes, cela
signifiait des centaines de milliers d'exécutions, Cette circulaire précise ceci : Que l'armée restera 3 ans en Algérie après l'indépendance, et que les supplétifs, à côté de nombreux avantages, bénéficieront du choix entre la nationalité française et algérienne, assortie d'un engagement dans l'armée française s'ils le désirent. La réalité sera cependant tout autre, et voici comment le général Bigeard la décrit : " Les massacres de harkis et de leurs familles ont été
tels, qu'il n'a pas été possible de donner " On ne peut qu'évaluer le nombre de victimes. Entre 100 000 et 150 000, déclarent les historiens. " Quelle honte pour nous d'avoir abandonné ces hommes dévoués à notre cause. " Le drame était bien sûr prévisible. Certains
d'entre eux s'accrochaient aux camions " Les soldats français avaient ordre de n'en accepter aucun à bord des véhicules. " Certains militaires leur tapaient sur les mains à coup de crosse, pour qu'ils lâchent leur dernier espoir de vie. " Ils savaient qu'ils seraient massacrés. Nous le savions aussi. " Ils regardaient partir nos homme, avec le sentiment d'être les derniers représentants de la France. " Quelques-uns saluaient dignement leurs camarades français, avec lesquels ils combattaient encore quelques jours auparavant. " À ces massacres d'autochtones francophiles s'ajoutera, comme
nous le savons, la vague d'enlèvements À ce titre, entre le 19 mars (date du cessez-le-feu) et le 31 décembre 1962 (car les désordres se poursuivront bien au-delà l'indépendance), l'armée française comptera 147 tués et 102 disparus. Les historiens citent les chiffres de dizaines, voire de centaines de milliers de victimes. Tous ces maux s'accompagneront, comme nous le savons aussi, d'un exode massif de plus d'un million de personnes fuyant l'Algérie dans la panique et l'épouvante, en laissant tout derrière eux. Confrontée à cet engrenage de la violence, la France,
dans le souci de respecter les accords d'Évian Ainsi, l'application par elle du cessez-le-feu sans réserve,
la mènera à une situation hors du commun Le FLN en effet, dorénavant parti légal, deviendra ipso facto l'allié des forces de l'ordre, lesquelles devront livrer bataille, aux côtés de forces terroristes, à des populations qu'elles étaient venues défendre. Voici, en relation avec ce nouveau contexte, les instructions que
le général De Gaulle, en personne, " Il faut être maître de la situation, appliquer les accords réserver le moins possible " Il ne s'agit pas des Français, mais de la France " Sur le plan de la Justice, il n'y a aucune sanction des crimes depuis avril (1962). " Pour les troupes en Algérie, ces instructions se traduisent par les ordres suivants : " Il ne doit pas y avoir d'incident avec le FLN. " Il ne faut agir pour la protection des Européens, qu'à la condition expresse que ceci se passe sans heurts et en douceur. " Le respect du cessez-le-feu doit primer, et a priorité sur la protection des nationaux. " Soit sans ressentiment, soit à contrecur, soit par la
force des choses, ces ordres seront appliqués par les forces de
l'ordre, à l'exception d'un petit pourcentage de cadres, qui, pris
sur le fait, seront sévèrement sanctionnés, les sanctions
allant des arrêts de forteresse à la mise en retraite d'office,
accompagnées " En fait, dans les circonstances du moment, les autorités
françaises se sont trouvées " Elles ne pouvaient pas proclamer la valeur des Accords d'Évian, les faire approuver par le peuple français, en faire le pivot de leur politique algérienne, et prendre simultanément des mesures de défiance envers le FLN. " Agir d'une manière qui eût contredit les discours, était politiquement intenable. " Par la force des choses, cet enchaînement de malheurs s'accompagnera d'une guerre franco-française, guerre à laquelle notre gouvernement se résignera, son alliance avec le FLN le mettant devant l'obligation d'éradiquer l'OAS, ainsi que de neutraliser les populations qui la soutiennent. Cette guerre civile sera marquée par une lutte fratricide entre
d'une part les forces de l'ordre, avec l'ensemble de leurs moyens terrestres,
aériens et maritimes, et, d'autre part, les populations européenne
et juive qui s'accrochent à leur terre, auxquelles seront mêlés
les autochtones francophiles, Cette guerre civile se soldera par une bataille des villes et des maquis Algérie française, bataille au cours de laquelle il sera procédé, par les forces de l'ordre, à des tirs sans sommations sur les immeubles et dans les rues. Cette lutte sera poussée jusqu'aux extrêmes avec l'apparition,
en Algérie, de la torture intégrale, pratiques introduites
par les barbouses des polices parallèles, torture allant jusqu'à
la mort Cette situation conduira l'Algérie à devenir un pays exsangue, soumis à la loi du plus fort, en l'occurrence à l'ALN et aux bandes de rue, seuls organismes à disposer encore de structures organisées. Et pourtant ! En dépit de toutes ces vicissitudes, à
quelques jours de la sécession, pour la 4e fois, Comment ? Eh bien par l'accord OAS-FLN du 17 juin 1962, initié de longue date par le général Salan et Jean-Jacques Suzini, accord par lequel le FLN de l'intérieur entérinait deux clauses majeures : A - Le maintien en Algérie, avec leurs pleins droits et biens, des Français, des juifs et des autochtones francophiles, dont, bien entendu, les supplétifs. B - La création d'une armée algérienne, à base de supplétifs et de katibas de l'ALN. Mais pour que cet accord puisse être appliqué, il fallait écarter le GPRA de la scène algérienne, tout au moins temporairement, et ce, en maintenant le verrouillage des frontières, à l'aide des barrages marocain et tunisien. Mais la réponse de Paris étant " non ", le
pouvoir sera remis in fine au GPRA, en l'occurrence à sa fraction
la plus radicale, à savoir celle de Ben Bella, qui, fort de son
armée des frontières, effectuera Cette prise de pouvoir interviendra au cours de l'été
1962, à l'issue d'une guerre civile algéro-algérienne,
au cours de laquelle l'armée des frontières, en une semaine,
massacrera plus de Après le 2 juillet 1962, date de l'indépendance, gardant en souvenir le rêve d'une Algérie multiconfessionnelle et fraternelle au sein de l'espace français, je continuerai à servir, jusqu'en 1968, dans ce pays, auquel je m'étais, ainsi qu'à ses habitants, profondément attaché. Les postes que j'occuperai, dans l'Algérois, au Sahara et à Mers el-Kébir, où le prestige de notre uniforme sera toujours vivant, me permettront, comme par le passé, de vivre au plus près de leurs habitants, lesquels réservaient leurs faveurs non pas de préférence aux jeunes militaires qui découvraient leur pays, mais à ceux, comme moi, qui avaient connu la guerre. Leurs faveurs, empreintes de respect et d'admiration, allaient en priorité à la Légion étrangère et aux parachutistes. Pourquoi ? Parce qu'ils admiraient leur force, leur droiture, et leur fermeté de pensée. Par ailleurs, je ne serai pas surpris de constater qu'ils parlaient toujours de l'OAS avec déférence. Je pourrais citer de nombreuses anecdotes en la matière, comme
celle de ces Sahariens qui se refusaient de voir ma compagnie quitter
leur oasis ; de ces cadres et de ces soldats de l'armée nationale
populaire, Au regard de toutes ces occasions perdues, à titre de conclusion, je me permettrai de citer les paroles du philosophe Démosthène, qui, 360 années avant Jésus-Christ, déclarait ceci : " Il n'est pas possible, Athéniens, non, il n'est pas
possible de constituer par l'injustice, - O - |