Quarante sept ans après, il est temps de parler de cette horrible journée
du 5 Juillet 1962 à Oran.
Je faisais parti d'un groupe de responsables de l'organisation FLN de
la zone urbaine d'Oran devenue "autonome" après le 19 Mars 1962, car en
réalité avant cette date il ne nous restait pas grand-chose en Oranie
du point de vue militaire et même pour l'OPA (organisation politico administrative)
à Oran ou nous en étions réduits à dépendre de la zone 7 de Sidi Bel abbés
où quelques maquis ALN subsistaient péniblement après les ratissages et
le verrouillage des frontières par l'Armée Française.
Avec les frères Kader et Nejdi, nous étions chargés d'animer une organisation
virtuelle de l UGTA syndicat clandestin. Naturellement, après le 19 Mars
et la libération des internés, l'arrêt des poursuites par la police et
l'Armée Française, l'organisation s'étoffa et à Oran, on a pu créer une
zone autonome (ZAO) qui eu pour tâche principale d'encadrer la population
et de mener la lutte contre l OAS qui devenait notre seul adversaire,
avec l'aide des services Gaullistes Français.
La date du référendum du 1er Juillet 1962, formellement dans le cadre
des accords d'Evian " arrivait inexorablement l'ALN extérieure d'Oujda,
nous avait délégué le Capitaine Bakhti (Némiche Djeloul) originaire d'Oran
chargé d'assurer la liaison avec commission de cessez le feu et l'armée
Française prévue par les accords d'Evian. Bakhti se bombarda chef de la
ZAO et une ALN intérieure se constitua avec des cadres libérés et surtout
des déserteurs de la force locale équipée et armée par les forces Françaises.
Les derniers commandos OAS quittèrent Oran avec la bénédiction de tous,
surtout par le port d'Arzew et des chalutiers qu'ils avaient affrétés
vers l'Espagne, à Oran, nous sentions déjà les dissensions internes de
l'organisation tirailler entre l' état Major d'Oujda et le GPRA qui arrivait
à Alger. Mon groupe avait opté majoritairement pour la légalité avec Alger
non par sympathie débordante, mais surtout par méfiance contre cette armée
du Maroc, qui ne nous avait pas beaucoup aidé lorsqu'ils auraient pu par
infiltrations durant la lutte de libération et contre l' OAS, armée plutôt
constituée selon nous pour imposer ses points de vue et ses dirigeants
que certains d'entre nous considéraient comme "fasciste militaires " opposés
au régime démocratique dont nous rêvions pour l'Algérie et prévue par
la déclaration du 1° Novembre 1954 du FLN plus nous prenions de coups
à l' intérieur plus cela semblait arranger les gens de l'extérieur tant
ils étaient certains de gagner avec la politique gaulliste après 1959.
L'armée Française manipulée n'avait d'autre choix que d'éradiquer l'intérieur
et encore Boumediene n'entra en Alger qu'en Septembre 1962 après des combats
avec des willayas de l'intérieur. Le 1° Juillet 1962 avec l'indépendance,
le maintien de l'ordre jusqu'à des élections libres, devait être assuré
par l'exécutif provisoire avec l'aide d'une force locale et d'une police
auxiliaire (ATO) selon les accords d'Evian. L' ALN extérieure ou intérieure
n'étant pas prévue, tout cela était très formel, mais la France pouvait
l'exiger et intervenir en cas de carence.
Le général Katz (FAF) à Oran avait prévu dans un ordre du jour à ses unités
"que l'Armée Française n'interviendrait plu, sauf en cas de légitime défense
d'elle-même et de ses ressortissants" . Nous le savions et donc avions
nous a mis en garde nos compatriotes contre des exactions sur les Européens
pour ne pas donner prétexte aux FAF d'intervenir et aussi par principe
d' une Algérie multi ethnique.
Le 3 Juillet date officielle de l'Indépendance, défilé de l'ALN intérieure
reconstituée sur les boulevards extérieurs dans un enthousiasme indescriptible,
constitution d' un comité de réconciliation?" avec les représentants des
Européens, discours lénifiants en attendant un préfet qui devait être
nommé par Alger ou le GPRA respectueux des accords avait refusé la démission
de l'exécutif provisoire, mais avait demandé, relayé par radio Alger,
de fêter l'Indépendance le 5 Juillet 1962, en mémoire de la reddition
d'Alger en 1830. A première vue l' EM d'Oujda était contre puisque la
chose était télécommandée par ses rivaux d'Alger qui l'avait dissout avec
le Colonel Boumedienne démit de ses fonctions par le GPRA.
Décidés à suivre les directives de notre gouvernement légal, nous organisons
cette manifestation que nous voulions pacifique pour montrer la maturité
de notre peuple à la presse internationale, et l'adhésion au gouvernement
Algérien après, des préparations houleuses avec les Ben-Bellistes, et
partisans de l'EM du Maroc qui nous promirent les pires avatars.
Et voilà, après un défilé ordonné des mouvements de jeunesse, scouts recrutés
en masse depuis le 19 mars, syndicalistes, mouvements féminins etc. suivi
par une foule considérable venue de toute la région. Vers 11 heures, des
tirs sur ce défilé après le passage devant la grande Synagogue Bd. Joffre
et place Karguenta, deux petits scouts sont gravement atteints et un ATO
blessé, des meneurs se déchaînent "c'est l' OAS" excitant la foule chauffée
à blanc et le massacre de tout ce qui était européen commence de manière
anarchique se poursuivant avec l'attaque de la gare d'Oran vers 13 heures.
Où des émissaires d'Alger étaient présumés arriver.
L'Armée Française en poste à la gare tire au F.M de nombreux morts et
blessés qui ramenés en ville nouvelle proche furent mis sur le compte
de l'OAS par des agitateurs irresponsables. Ensuite, pour préserver certains
Européens et pour contrôle d'identité, or, nous disposions de listes de
suspects OAS fournies par des gardes mobiles Français, des arrestations
se pratiquent dans la plus grande confusion par n' importe qui dans le
plus désordre amenés au commissariat central où internés au palais des
sports, et au stade municipal aussi dans des lieux privés à Lamur en zone
musulmane..
Les FAF consignées depuis la veille n'interviennent pratiquement pas et
les gendarmes mobiles Français prennent position dans l' après midi dans
la ville européenne déserte et seulement là, aux principaux carrefours
sans s' avancer plus pour délivrer leurs compatriotes (lorsqu' il y a
eu intervention les otages furent libérés sans affrontements )
Les appartements des immeubles d' où sont venus les tirs sont visités,
des hommes amenés, mais aucune arme trouvée sauf celles des nôtres en
civil ou treillis militaires qui courent et se croisent dans les étages
sans aucun contrôle ni encadrement ordonné, allez savoir qui a tiré, mais
à postériori, nous avons notre idée la dessus.
Ensuite des otages sont exécutés de façon sommaire par des bandes plus
ou moins organisées au petit lac et ailleurs, aussi pendant le nuit, nous
ne contrôlons plus rien! Bahti a disparu quelques heures.
Le lendemain l' ALN du Maroc dont le gros n'arrive que le Dimanche 8 Juillet
faute de transports, à un prétexte en or pour prendre le pouvoir et maintenir
l'ordre, en mettant en place son préfet, nomination qu'Alger subjugué
dut entériner de facto.
Certains de nos frères de l'organisation d'Oran durent se cacher quelques
jours craignant des exécutions sommaires et des règlements de compte et
nous dûment à contre cœur faire amende honorable aux putschistes
d'Oujda (qui ne sont pas partisans de conserver une forte minorité européenne
par idéologie mais aussi pour se partager le butin de guerre) comme l'a
dit Mohamed Harbi, naïfs comme les Européens avec De Gaulle, nous avons
appris ce qui allait être la stratégie provocatrice et criminelle des
services spéciaux de Boumedienne (Colonel) qui s' est poursuivie jusqu
'à nos jours avec la disparition de milliers d'Algériens et d' autres
provocations par la suite, que les coupables se reconnaissent.
Mais pardon pour cette naïveté tragique à nos frères Oranais européens
et juifs qui à vu trahis les idéaux de notre révolution d'une Algérie
multiethnique et fraternelle qui devait effacer les combats légitimes
de chacun. AMANT ALLAH! CHEIK BENZAOUI (: pour l'amour de dieu, je vous
en prie)
RAPPELS Andogénes (Question posée au référendum du 1er juillet 1962)
Voulez vous que l'Algérie devienne un état indépendant coopérant avec
la France dans les conditions définies par la déclaration d'Evian du 19
Mars 1962.
Pour les plus opposés - Déclaration de Bastien Thirry à son procès "Même
si je suis en désaccord avec ces accords, ceux qui les ont fait passer
étaient chargés de les faire appliquer"
Principe - En droit international un accord est valable à condition que
les 2 parties l'appliquent dès le départ et l'intervention de l' ALN n'était
pas prévue. En carence de la force locale l'Armée française pouvait et
devait intervenir. "
Vous l'avez complet ici avec un commentaire de Lledo et de JF Paya:
http://popodoran.
canalblog. com/archives/ 2009/12/10/ 16104396. html
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